09 février 2019

« Saltimbanques » de François Pieretti

« Je suis resté assis sur le remblai, à m’interdire de bouger. Je voulais qu’elle me rejoigne d’elle-même. Mais les minutes passaient, et, entraîne dans la farandole des danseurs qui avaient envahi l’endroit, je me suis retrouvé sur le parking. Tôt ou tard, il allait falloir que je m’en aille, que je les abandonne et que j’aille tenter de vivre ailleurs. Tout le monde le savait, et, avec les jours qui défilaient, je commençais à comprendre que je n’arriverais jamais à retrouver mon frère, qu’il avait disparu en emportant ses... [Lire la suite]
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05 février 2019

« Partiellement nuageux » d’Antoine Choplin

    « J’aimerais beaucoup que vous me donniez le bras, j’ai dit. J’aimerais qu’on le fasse simplement, sans se poser de question. Juste parce qu’il me semble qu’on en est là, à se prendre le bras. Et que, si on le faisait pas, ça ressemblerait un peu à un mensonge. Elle a écarquillé les yeux en ralentissant un peu son allure. On pourrait le faire assez vite, j’ai ajouté, avant d’arriver au funiculaire. Après, on sait pas trop comment ça va se passer ». Après la Tchécoslovaquie avec Tomas Kusar début 2017,... [Lire la suite]
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31 janvier 2019

« État de nature » de Jean-Baptiste de Froment

    « Je vous demande de ne pas le crier sur tous les toits mais depuis quelques mois se multiplient, à tous les échelons de l’appareil d’État et de la société en général, ce que j’appellerais des défections spontanées. Ce sont des gens sans histoire, des gens normaux, des gens qui, croyez-le bien, ne brillent vraiment pas par leur originalité, mettons des sous-directeurs, des ouvriers, des coiffeuses et même des notaires, qui, tout d’un coup, passez-moi l’expression, partent complètement en vrille […]. Ils restent... [Lire la suite]
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27 janvier 2019

« Les enténébrés » de Sarah Chiche

« Les semaines passent. Et jour après jour nous continuons à convulser jusque dans l’abîme, comme ses marionnettes dont on coupe les fils et qui juste avant de s’effondrer produisent une danse inouïe. Il arrive à Richard de penser que si mon enfant mourait, alors je quitterais plus facilement mon compagnon. Il m’arrive de penser que si Richard mourait, je serais débarrassée de l’enfer de contradictions dans lequel je croupis et je pourrais alors retrouver ma tranquillité. Il m’arrive de penser que si Paul mourait, je pourrais,... [Lire la suite]
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25 janvier 2019

« Mon sang à l’étude » de Joachim Schnerf

« Parce qu’il le faut ; je m’appelle Samuel. J’ai vingt-six ans, aucun trait. J’avancerai d’un pas ferme et la brise caressera mon crâne. Je connais déjà le chemin par cœur, c’était il y a cinq jours. L’aiguille a pénétré mon bras, lentement, d’une absurde délicatesse. La peau se plisse jusqu’à la défloraison. Et l’on accepte sans se plaindre. La pénétration est glaciale et enfin tout se relâche, la vie gicle. Les tubes se remplissent un à un ». Samuel a vingt-six ans, la vie devant lui mais une épée de Damoclès... [Lire la suite]
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22 janvier 2019

« À la ligne. Feuillets d'usine » de Joseph Ponthus

« En poussant mes carcasses Bien sûr que je repense à tous ces mômes vivants Que j’ai accompagnés qui sont devenus adultes Aujourd’hui Certains sont morts aussi Mais je suis heureux ici Avec mon épouse Plus qu’heureux Non loin de la mer Quitte à charrier des animaux morts Nous poussons nos carcasses Tout le monde ne fait au fond que de trimballer ses carcasses ». Il a fait des études. Il est travailleur social de profession. Mais, par amour, il part en Bretagne rejoindre sa femme. Pas de boulot dans son secteur.... [Lire la suite]
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20 janvier 2019

« Le discours » de Fabrice Caro

« Je suis en train de manger du gigot et du gratin dauphinois alors que le fruit de mon tourment est ailleurs et qu’une fourchette menace à tout moment de grincer dans l’assiette et la discussion ne porte même pas sur l’amour, ou la poésie, ou le sens de la vie, non, on parle de chauffage au sol, de vacances en Sardaigne, de Jean-François, le fils du voisin, qui a fait construire, tu entends ça Adrien, il a fait CONSTRUIRE. Pour ma mère, le monde se divise en trois catégories : ceux qui ont le cancer, ceux qui font... [Lire la suite]
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18 janvier 2019

« Habemus piratam » de Pierre Raufast

« Curieuse époque où les preuves matérielles sont remplacées par des preuves immatérielles. Les avatars électroniques trahissent leur maître et sèment derrière eux des métadonnées personnelles incroyablement bavardes. Notre double numérique est devenu notre pire ennemi. Un Judas en puissance, un traître incorruptible et froid qui compile, jour après jour, de précieuses informations à notre insu ». Nous sommes dans la vallée de la Chantebrie – vallée où décidément tout arrive ; le curé Francis reçoit régulièrement ses... [Lire la suite]
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16 janvier 2019

« Salutations révolutionnaires » de Sophie Bonnet

« Jusqu’où peut-on aller pour faire parler les gens ? Il est un peu tard pour se poser la question. Je voulais voir de près le mal absolu. Je l’ai vu et il n’y a pas grand enseignement à en tirer. Je le juge bien sûr. Je le connais désormais et je le juge. Et après ? C’est une ordure, mais je persiste à rire de ses blagues, je continue de partager des cafés. Mes espérances de justicière se sont avérées vaines et présomptueuses. J’ai obtenu des flots de parole. Et c’est tout. On l’a puni en espérant qu’il s’en... [Lire la suite]
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14 janvier 2019

« Des hommes couleur de ciel » d’Anaïs Llobet

    « Un goût acide envahit ses gencives. Voilà, on y est, se dit Alissa. La Tchétchénie est devenue un gros mot aux Pays-Bas, à chuchoter et à ne surtout pas graver sur les tables. Un mot défendu, qui attire l’attention, qui pue le sang et la mort, déjà banni des repas de famille en Russie et désormais ceux aux Pays-Bas. IL allait rejoindre la constellation de mots innocents et imbibés de haine. Alissa se sentit subitement épuisée. Il avait suffi d’un élève pour balayer dix années d’intégration parfaitement... [Lire la suite]
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