20 mai 2018

« J’ai déserté le pays de l’enfance » de Sigolène Vinson

« Mon enfance m’avait fait croire que j’avais tous les pouvoirs, or je n’avais jamais sauvé personne, pas même moi dont le seul réconfort était le souvenir de ce petit pays d’Afrique. Adulte, je pensais que travailler pour rien était la dette que je devais au monde. J’avais été enfant là où l’Homme était né, je savais ce qu’exister voulait dire, ce que les gens d’ici avaient oublié, ce qu’ils ne pouvaient même plus concevoir. Alors, j’allais les aider, peut-être pas à devenir libres, mais à les sortir de la nécessité et du... [Lire la suite]
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16 mai 2018

« Il est grand temps de rallumer les étoiles » de Virginie Grimaldi

« Les parents sont des funambules. On marche sur un fil tendu entre le trop et le pas assez, un colis fragile entre les mains. Il faut être attentif, mais ne pas laisser croire à notre enfant qu'il est le centre du monde ; il faut lui faire plaisir sans qu'il devienne blasé ; il faut équilibrer son alimentation sans le priver ; il faut lui donner confiance, mais qu'il reste humble ; il faut lui apprendre à être gentil, mais à ne pas se laisser faire ; il faut lui expliquer les choses, mais pas se justifier ; il faut qu'il se... [Lire la suite]
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14 mai 2018

« Un océan, deux mers, trois continents » de Wilfried N’Sondé

« Seul dans ma cabine, je me sentis lâche. Anéanti, je suffoquai sous les hoquets répétés de mes propres sanglots et étouffai mes cris. Les larmes de dépit se transformèrent en une sorte de rage, un sentiment nouveau, l’envie de riposter, que la colère contenue dans ma gorge rejoigne un jour la fureur des hurlements des esclaves, et que l’écho de nos cris conjugués résonne si fort qu’il effraie les bourreaux ». Dans la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome se trouve un buste en marbre appelé Nigrita. Ce buste représente... [Lire la suite]
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11 mai 2018

« Paris-Venise » de Florent Oiseau

« J’ai filé un verre de mousseux au gars, qui s’est trouvé très fier d’avoir le droit à un privilège réservé à la première classe. Il tournoyait dans le wagon avec son verre bien haut, bien visible des autres. Il m’a même semblé le voir prendre un selfie avec ses trois centilitres de mousseux gratos. Ça aussi, c’est très français. On crache sur l’argent et les avantages de ceux qui en ont, on s’invente des idéaux pour justifier notre frustration de pauvre, mais quand on goûte, l’espace d’une seconde, aux trucs réservés aux... [Lire la suite]
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09 mai 2018

« Les guerres de mon père » de Colombe Schneck

« Gilbert, Paulette et Max ont ainsi vécu après la guerre parmi les bourreaux. Gilbert grandit dans cette atmosphère injuste où des femmes qui ont couché avec un Allemand contre un peu d’amour, de soutien ou d’argent sont tondues, violées par des résistants de la dernière heure, où des hommes qui ont participé de manière active et volontaire à la politique collaborationniste et antisémite de Vichy sont récompensés par la Légion d’honneur et ont vu toute faute effacée. Gilbert ne se révolte pas, s’indigner serait inutile.... [Lire la suite]
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06 mai 2018

« Boom » de Julien Dufresne-Lamy

« Timothée, tu meurs sur un pont comme d’autres s’endorment au fond d’un lit. Tu meurs debout puis recroquevillé comme un enfant pâle. Tu meurs de bon matin, après la douche, après le petit-déj’, avec beaucoup d’entrain parce que tu sais que l’on passera une belle journée. Tu meurs dans un faux bond dont j’ai la spécialité. Une promesse manquée. Paresse du matin. Tu meurs de mauvaise humeur parce que ce jour-là, j’ai été minable ». Il faut se méfier de la littérature jeunesse, elle va souvent beaucoup plus loin que l’on croit.... [Lire la suite]
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02 mai 2018

« Faire mouche » de Vincent Almendros

« Malgré la chaleur, je ne baissai pas la vitre. J’adressai à ma cousine un dernier signe de la main et tournai la clé pour allumer le moteur. Je sentis sur mon visage le souffle de la climatisation. Je regardai vers l’arrière pour manœuvrer. Après avoir reculé, je fis un demi-tour et redescendis en direction du chemin cahoteux, guettant, dans le rétroviseur central, la silhouette de ma cousine qui regardait la voiture s’éloigner, immobile, les bras croisés dans une posture de reproche. J’aurais aimé lui conseiller de tourner... [Lire la suite]
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29 avril 2018

« Manger l’autre » d’Ananda Devi

« Car mon poids n’a pas eu raison de mon intelligence ni de mon acuité d’esprit. Je ne suis pas devenue une larve avachie et amorphe, vautrée dans ses exsudations. Je suis restée curieuse et avide de savoir, heureuse que mon cerveau ne soit pas assujetti à la gravité et me permette des voyages et des découvertes hors du plomb de mon corps, fière de savoir que ma matière grise parvient à absorber les connaissances avec autant d’aisance. Mince, j’aurais traversé les années scolaires avec brio, dépassé tous mes concurrents, rejoint une... [Lire la suite]
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23 avril 2018

« Le petit terroriste » d’Omar Youssef Souleimane

« J’ai effectué les sept tours. Le sol restait frais grâce à un système de refroidissement situé en dessous, permettant aux pèlerins de marcher pieds nus. Les hommes en blanc gravitent autour du cube noir ; la plupart des femmes, en noir, la contournent à l’écart pour éviter toute promiscuité. Cela m’a fait penser à un jeu de cache-cache de mon enfance. Sauf qu’ici personne ne voulait attraper personne. On payait cher pour ces circonvolutions, alors que nous aurions pu faire la même chose autour de n’importe quel... [Lire la suite]
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21 avril 2018

« Assommons les poètes » de Sophie G. Lucas

« L’autre voulait m’arracher un assentiment, l’autre voulait ma peau une fois encore, comme à chaque rendez-vous, il prendrait un morceau de moi et l’accrocherait à côté de ses autres trophées, hommes et femmes tendus dans des dossiers suspendus. La poésie sortait de ma bouche, la poésie me débordait des mains, la poésie m’avait prise pour maison, mais il me demandait de remplir un chariot de courses chaque semaine et de faire partie du grand cirque, hummpf ». Assommons les poètes ! Comment ne pas y voir un... [Lire la suite]
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