06 mai 2018

« Boom » de Julien Dufresne-Lamy

« Timothée, tu meurs sur un pont comme d’autres s’endorment au fond d’un lit. Tu meurs debout puis recroquevillé comme un enfant pâle. Tu meurs de bon matin, après la douche, après le petit-déj’, avec beaucoup d’entrain parce que tu sais que l’on passera une belle journée. Tu meurs dans un faux bond dont j’ai la spécialité. Une promesse manquée. Paresse du matin. Tu meurs de mauvaise humeur parce que ce jour-là, j’ai été minable ». Il faut se méfier de la littérature jeunesse, elle va souvent beaucoup plus loin que l’on croit.... [Lire la suite]
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02 mai 2018

« Faire mouche » de Vincent Almendros

« Malgré la chaleur, je ne baissai pas la vitre. J’adressai à ma cousine un dernier signe de la main et tournai la clé pour allumer le moteur. Je sentis sur mon visage le souffle de la climatisation. Je regardai vers l’arrière pour manœuvrer. Après avoir reculé, je fis un demi-tour et redescendis en direction du chemin cahoteux, guettant, dans le rétroviseur central, la silhouette de ma cousine qui regardait la voiture s’éloigner, immobile, les bras croisés dans une posture de reproche. J’aurais aimé lui conseiller de tourner... [Lire la suite]
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29 avril 2018

« Manger l’autre » d’Ananda Devi

« Car mon poids n’a pas eu raison de mon intelligence ni de mon acuité d’esprit. Je ne suis pas devenue une larve avachie et amorphe, vautrée dans ses exsudations. Je suis restée curieuse et avide de savoir, heureuse que mon cerveau ne soit pas assujetti à la gravité et me permette des voyages et des découvertes hors du plomb de mon corps, fière de savoir que ma matière grise parvient à absorber les connaissances avec autant d’aisance. Mince, j’aurais traversé les années scolaires avec brio, dépassé tous mes concurrents, rejoint une... [Lire la suite]
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23 avril 2018

« Le petit terroriste » d’Omar Youssef Souleimane

« J’ai effectué les sept tours. Le sol restait frais grâce à un système de refroidissement situé en dessous, permettant aux pèlerins de marcher pieds nus. Les hommes en blanc gravitent autour du cube noir ; la plupart des femmes, en noir, la contournent à l’écart pour éviter toute promiscuité. Cela m’a fait penser à un jeu de cache-cache de mon enfance. Sauf qu’ici personne ne voulait attraper personne. On payait cher pour ces circonvolutions, alors que nous aurions pu faire la même chose autour de n’importe quel... [Lire la suite]
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21 avril 2018

« Assommons les poètes » de Sophie G. Lucas

« L’autre voulait m’arracher un assentiment, l’autre voulait ma peau une fois encore, comme à chaque rendez-vous, il prendrait un morceau de moi et l’accrocherait à côté de ses autres trophées, hommes et femmes tendus dans des dossiers suspendus. La poésie sortait de ma bouche, la poésie me débordait des mains, la poésie m’avait prise pour maison, mais il me demandait de remplir un chariot de courses chaque semaine et de faire partie du grand cirque, hummpf ». Assommons les poètes ! Comment ne pas y voir un... [Lire la suite]
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19 avril 2018

« Un jeune homme en colère » de Salim Bachi

« L’amour dont parle papa pour se dédouaner d’être un malade du cul, je n’y ai jamais cru, c’est du pipeau. L’amour est le carburant des hypocrites qui n’ont pour horizon que la satisfaction de leurs instincts. Je ne suis pas sentimental. J’aurais pu, à mon âge, mais non. Le verbe aimer est une escroquerie syntaxique. Comme Dieu. C’est le genre de mot qui peut tout contenir et ne renferme rien. Une table, on voit très bien ce que c’est. Mais l’amour dont tout le monde se gargarise ? Quel est le foutu con qui pourra me dire... [Lire la suite]
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17 avril 2018

« La ballade silencieuse de Jackson C. Frank » de Thomas Giraud

« Une fois Blues Run The Game chanté, il n’a rien relevé, pas de surprises, pas de critiques mais pas non plus d’encouragements ou d’applaudissements plus notables que pour une reprise de Seeger. Une impression certainement de continuité, comme si personne n’avait entendu la nouveauté, comme si tout le monde avait entendu ce qu’il y avait à entendre, l’absence de nouveauté. C’était dans une indifférence discrète ou en tout cas avec le même plaisir que s’il chantait un autre – ce qui, au fond, n’est pas si mauvais signe – qu’il... [Lire la suite]
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15 avril 2018

« Une immense sensation de calme » de Laurine Roux

« Avec les années, Baba réapprit à vivre. Les enfants grandirent. Ils se marièrent, donnèrent naissance aux petits-enfants. Une nouvelle génération naquit. La vie reprit ses droits. Sans que personne ne l’ait jamais décrété, il fut décidé que la guerre devait être effacée des mémoires. Nous étions la première génération du Grand-Oubli. Nous ignorerions les Invisibles. Ce soir-là, j’avais promis à Baba de conserver le secret. Elle avait laissé planer le nom en suspens, si bien qu’on aurait pu croire à un résidu de peine. De... [Lire la suite]
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13 avril 2018

« Ombre parmi les ombres » d’Ysabelle Lacamp

« Tout de même, s’habitue-t-on à ne plus être qu’un numéro ? Une petite boîte, une allumette tiens, qu'on empile sur des milliers d'autres petites boîtes, qu'on aligne à côté de milliers d'autres allumettes : numéro 185 443, mesdames et messieurs ! Et hop, comme ça, sorti du chapeau ! Si ça vous fiche pas un coup à l'égo !  » Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point je me réjouis de voir Robert Desnos à l’honneur ces derniers temps. Non pas qu’il soit mon poète préféré mais parce que sa vie, son... [Lire la suite]
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10 avril 2018

« Tant bien que mal » d’Arnaud Dudek

    « Allumer, éteindre dix fois la petite lampe torche que ma mère m’a offerte quelques semaines plus tôt pour m’éviter de me cogner à une porte ou à un fantôme quand, à trois ou quatre heures du matin, je décide de me rendre aux toilettes. Vérifier dix fois que ce maudit lacet se trouve dans la table de nuit, et qu’il y a une clé au bout. Caresser dix fois la clé. Lorsque parfois je me trompe dans l’ordre du rituel, je dois tout recommencer. Sinon il reviendra me chercher, et je retournerai avec ». L’auteur... [Lire la suite]
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