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Harpo, le muet des Marx Brothers. Celui qui joue de la harpe, qui porte un trench-coat, une perruque et un haut de forme. Le plus clownesque. Le plus burlesque. Fabio Viscogliosi en fait le héros de ce court roman à la fois trépidant et tendre.

Que se passe-t-il dans la tête du cher Harpo quand, le 12 décembre 1933, après un voyage en URSS, il ne prend pas son paquebot au Havre pour retourner à New York ? Pourquoi décide-t-il de louer une Citroën Torpédo avec laquelle il a un accident en plein milieu de l’Ardèche ? Le lecteur ne le sait pas, l’auteur non plus et encore moins Harpo qui sort amnésique de l’accident. Un problème avec les soviétiques ? Une volonté de fuir ses frères ?

Après un court séjour à l’hôpital, le voici seul sur les routes, avec son lot de rencontres, de hasards et de légèreté. Parce que cette expérience permet à Harpo de ne plus penser à sa vie sous les projecteurs. Il mange, il dort, il se laisse porter comme un enfant joyeux. Il ne parle presque pas, ne comprenant pas le français et possédant un anglais très fortement teinté de yiddish. Son corps s’exprime. Finalement, le Harpo errant ressemble au Harpo du cinéma : on se croirait dans un film. C’est sans compter sur ses frères qui dépêchent un détective dans l’hexagone afin de le retrouver.

D’un point de départ réel – le voyage en URSS – Fabio Viscogliosi invente toute une biographie dans une langue à la fois drôle et douce. Il apporte « cette poussière de réalité qui tendrement vient se déposer sur la fiction ». En cela, il s’inspire des Vies imaginaires de Marcel Schwob qu’il cite où, dans la préface, il est écrit que le biographe « n’a pas à se préoccuper d’être vrai ; il doit créer dans un chaos de traits humains ». Le chaos, il est bien là et pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne parvient pas à lâcher ce roman.

J’ai aimé le choix de Harpo, le plus discret des frères. J’ai aimé aussi cette idée d’abandonner de façon volontaire ou non une vie, de la retrouver, de la réaménager. La vie humaine subit autant de rebondissements dans son intrigue que la vie d’un personnage de papier.

Je le conseille +++

Fabio Viscongliosi – Harpo – Actes Sud – 165p