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Un sujet casse-gueule : le regard d’un homme sur des femmes, le regard d’un homme sur des prostituées, le regard d’un blanc européen sur des filles d’Afrique noire. Tant d’écueils à éviter mais, Arno Bertina y parvient parfaitement pour livrer un récit remarquable.

Plusieurs séjours avec une ONG au Congo pour évoquer une prostitution en périphérie des villes, loin du tourisme sexuel pour Européens : « je pensais que ce serait l’argent des expats et c’est l’absence d’argent des Congolais ». Pourquoi ces mineures, mères pour beaucoup, « font la vie » ?

Tout en mettant à jour les différents rouages de la violence, Arno Bertina n’a de cesse de s’interroger, de remettre à plat ses perceptions, ses pensées. Il a conscience de tous les filtres qui peuvent dénaturer la réalité de ces jeunes femmes. Il mène une réflexion poussée sur le langage. Comment demander aux filles d’écrire leur vécu en français, la langue coloniale, la langue qui sanctionne alors qu’il faut un langage de l’intime qui, chez elles, est en lingala ou en kituba ? Il tient compte également des corps : « le langage n’évacue pas le corps, il le convoque, il l’oblige à exister ». Il regarde et écoute ces jeunes filles. Vraiment. Il n’évacue pas leurs désirs, leurs forces, leurs joies comme leurs peines : « Quand je pleure, ma fille sèche mes larmes ». À aucun moment il ne les regarde comme des victimes mais pointe du doigt les mécanismes dans lesquels elles vivent.

Et surtout, Arno Bertina ne cesse de s’interroger sur ses propres rapports au corps, au désir et aux femmes. Il se met sur la table d’examen comme son sujet, dès le premier chapitre. Une introspection et une sincérité nécessaires pour être dans la justesse. Par cette démarche forte et riche, le lecteur ressort de cette lecture avec ses propres questions et un regard différent… les signes d’un livre réussi.

Arno Bertina – L’âge de la première passe – Verticales – 270p.