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« Toi ? Tu ne sais même pas prononcer ton propre nom ». Elle est danoise mais d’origine féroïenne par sa mère. Elle sait peu de choses sur la terre de ses ancêtres, sur cette famille restée sur les îles. Quelques souvenirs épars avec ses grands-parents notamment – sa omma et son papé. Avec ses parents, la narratrice refait le voyage vers les îles, en quête d'une partie de son identité : « Les racines frémissent et cherchent. Elles transportent les particules mortes d’une autre terre ».

Ce roman est donc l’histoire d’un voyage ou plutôt de deux car le récit de la narratrice alterne avec l’émigration de ses grands-parents. Fritz part et débarque au Danemark un an avant sa fiancé Marita, en quête d’une autre vie que celle de se noyer dans l’océan ou la boisson : « le papé voulait être ingénieur électricien, c’était son but, son Ithaque, dont il voulait sortir pour pouvoir revenir ». L’Odyssée, le voyage où les péripéties, les épreuves se multiplient ; la vie ne se passe jamais comme prévu : des désillusions, la guerre, les Allemands… et un retour qui ne se fait pas après la naissance de leur fille.

Siri Ranva Hjelm Jacobsen livre un premier roman d’une grande beauté, à la langue maîtrisée, au style poétique. Les légendes des îles, les secrets de famille et la grande Histoire se mélangent, viennent ponctuer les destinées des membres de la famille sur trois générations. Les descriptions des paysages des différentes îles sont magnifiques, les personnages très attachants.

Un roman d’inspiration autobiographique mais où la fiction permet de faire des ponts, de combler des vides, de réinvestir l’histoire personnelle. Elle permet en somme de faire son propre mythe. Elle devient un peu comme ces îles flottantes dans les légendes féroïennes, ces îles qui naissent, disparaissent, réapparaissent, se déplacent puis finissent par se fixer. La quête des origines est souvent floue, elle tatonne. Cependant, même si nous ne sommes pas sûrs de qui nous sommes et d’où nous venons, il convient de faire nôtre cette citation d’Omma : « aucune île, c’est une île ».

Siri Ranva Hjelm Jacobsen – Île – Grasset – 235p (traduction d’Andreas Saint Bonnet)