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La peau, le corps. Nos meilleurs ennemis. D’eux, nous attendons tout, nous craignons tout. Des peaux et des corps à modeler, à mettre dans des cases. Des corps qu’on maltraite. Des peaux qu’on cache ou surexpose. Des êtres enfermés dans des cages dorées ou des cachots. Nous prêtons attention aux regards et aux mots mais, nous écoutons peu nos corps. Derrière leurs maux, les mots sont là : le corps est un langage. Un langage du silence ; le corps a tant à dire mais si peu de mots peuvent transcrire avec exactitude, avec justesse ce qu’il peut et veut dire. Un langage qu’on bride souvent, à la grammaire complexe qui demande un temps fou pour la maîtriser. Il faut découvrir les règles, les appliquer et surtout faire siennes les nombreuses exceptions qui en font sa richesse et parfois sa souffrance.

Il existe pourtant une situation où, du moins on l’espère, le corps et la peau s’abandonnent : c’est l’étreinte amoureuse. L’abandon est peut-être d’autant plus fort et inattendu quand cette étreinte est nouvelle, sublimée par les premiers instants, les premiers émois.

Dans Parler peau, Sabine Huynh met en avant ce langage du corps désirant, jouissant et réparateur également, dans l’étreinte amoureuse. Panser les blessures avec la rencontre des corps, laisser la peau parler toute seule et tenter, en tant que poétesse, de trouver les mots et la forme justes pour transcrire aux lecteurs. Là où on pourrait s’attendre à un déluge de mots, à un épanouissement des phrases, nous y trouvons un langage serré, comme des bras qui nous enveloppent. Pas de ponctuation, seulement des tirets cadratins qui viennent unir les mots, unir les corps amoureux. Une mise en forme qui surprend et montre peut-être que nous avons encore tant à apprendre des corps et de leur poésie. Des pages de chairs frissonnantes, de langues mêlées et de mots enflammés dans un bel écrin. Le livre à corps ouvert, la chair « ce grand poème ».

 

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Sabine Huynh – Parler peau – Æncrages & Co – 48p