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« Je lui disais que la littérature n’était pas une chose pour les gens comme nous, pour les putes. De laisser ça à ceux qui n’ont rien à faire. Les bienheureux. Les ayants droit. Peut-être que j’avais tort ».

« Tu me donnes ce que je te demande et toi après tu pourras m’avoir dans tous les sens que tu voudras ».

Un marché conclu. Entre un homme et une femme. Entre un client et une pute. Entre un écrivain et une immortelle.

Port-au-Prince. La Grand-Rue. La rue de la prostitution et des larcins. La rue qui, comme toutes les autres rues, a été emportée par le séisme du 12 janvier 2010. Une rue où de nombreuses prostituées sont mortes avec parfois encore le client entre leurs cuisses. Fedna-la-pipeuse, Géralda Grand-Devant, Emma… et la « Petite ».

La « Petite » nommée Shakira comme la star. L’écorchée vive qui a quitté sa mère qu’elle détestait. La putain qui aimait lire et parler littérature avec un client. La lectrice fan de Jacques Stephen Alexis. La fille que la narratrice sans nom a pris sous son aile. Jusqu’à ce que le séisme la dévore sous une tonne de gravats. C'est son histoire que la narratrice veut surtout raconter. 

Dans ce splendide et court roman aux chapitres qui s’enchaînent en un souffle, Makenzy Orcel livre de beaux portraits de femmes que la mort a emportées. Il raconte la violence des hommes, la religion, les rapports mère-fille, la solidarité. Et la force de la littérature. Lire pour échapper à son quotidien de misère. Ecrire le quotidien de misère pour ne pas laisser s’échapper ces femmes, ces belles devenues des immortelles, des fantômes de papier.

Makenzy Orcel – Les immortelles – éditions Points – 140p