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« Tout commence par la perte des eaux ». Et c’est déjà le début de la fin. « L’enfant s’en va et ne cessera plus de s’en aller ».

Dans « Danser sur tes braises », Ananda Devi retrace le chemin de la vie à la suite du décès de sa mère. Un chemin qui débute par l’expulsion du ventre maternel comme première perte. La première d’une longue série au fur et à mesure que l’enfant grandit et devient adulte : « Mais j’avais mon chemin à suivre ; mes propres démons à affronter : il me fallut résoudre mes propres énigmes ».

Grandir, devenir femme s’apparente à un exil où la perte fait partie de l’apprentissage. Et c’est ce constat universel qui rapproche les êtres.

Ananda Devi dresse le portrait d’une mère, d’une fille. De deux femmes. Elle raconte ce sentiment de n’avoir pas été à la hauteur des promesses de liberté et d’affranchissement faites à sa mère et aux femmes en général : « Interrogation inquiète. Cette impression d’avoir, braqué sur moi, le regard de ces femmes de mon passé qui attendent quelque chose de moi, qui m’attendent. Que me veulent-elles ? ».

Puis, avec la perte de la mère, cette prise de conscience de sa propre finitude : « Un jour ce sera ta main qui se tendra vers moi pour me tirer vers le haut ».

Cette idée de finitude, de bilan de vie se retrouve dans « Six décennies ». Un état des lieux du corps qui a vieilli, qui a vécu. Un regard sans concessions : « Six décennies et rien de poétique / Dans le glas du regard / Inélasticité de la chair ».

Mais, un regard extérieur. Cet autre regard qui change tout et apporte le « ravissement de l’incertain » : « Le désir n’est jamais dompté ».

Ne pas oublier « Cette petite fille trop sensuelle / Ni perdue ni oubliée ».

Le désir, clef de voûte d’une géographie corporelle, du temps qui passe.

« Tout désir est incartade ». Aimer, désirer, prendre plaisir et l’écrire.

Ne pas craindre la mort car, après tout, « la mort aussi est un désir ».

Ananda Devi – Danser sur tes braises, suivi de Six décennies – éditions Bruno Doucey – 90p