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« Ce que tu n’as jamais compris, c’est qu’écrire est secondaire. Avant il y a l’homme, l’amant, et dès l’instant où l’homme et l’amant sont tombés dans la feuille blanche de l’oubli, il n’est plus resté que le monstre froid et destructeur ».

Voilà un roman hallucinant, pour ne pas dire hallucinatoire si je fais le lien avec l’opium, héros à lui tout seul de cette histoire complètement barrée.

Le titre suscite déjà des interrogations. Une note à la fin du livre précise que Prins vient d'Arturo Prins, un architecte qui a notamment conçu à Buenos Aires un édifice de style gothique pour l'un des sièges de la faculté d'ingénierie. Cet édifice inachevé a suscité pas mal de rumeurs... autant dire que le mystère qui l'entoure colle bien à l'univers du roman... si vous ajoutez quelques volutes de fumée opiacée.

Venons-en à l'histoire. Un auteur célèbre de romans gothiques décide de raccrocher les gants. Après tout, sa production était non seulement de piètre qualité mais aussi un énorme plagiat d’œuvres célèbres. C’est sans compter sur de jeunes auteurs qui écrivaient à sa place. Mais comment quitter un monde dans lequel on a baigné depuis tant d’années ? Que faire de son temps libre ? « Après y avoir sobrement mais consciencieusement réfléchi, je me suis décidé pour l’opium ». Bon, n’importe qui aurait pensé à autre chose avant d'en arriver à cette extrémité mais, pourquoi pas ? Ça ne manque pas de piquant au moins.

Et nous voilà embarqués dans cette fumeuse quête de la drogue tant désirée. Parce que ce n’est pas si simple de connaître les bons filons. Avec l’aide d’un SDF, il se rend dans l’Antiquité, une boutique tenue par le dealer L’Huissier. À partir de là, tout part en vrille. Nous plongeons dans un dédale d’absurde, d’humour noir, de réflexions floues, de digressions. César Aira nous balade tout au long de son roman avec virtuosité. À un moment donné, perdu dans le récit, le lecteur finit par se demander s’il n’a pas lui-même fumé la drogue. Et pourtant, au fil des pages, César Aira loue les pouvoirs de la fiction, de la littérature dans notre monde bien réel, bien triste souvent. Un monde qui donne sérieusement envie de se shooter pour l’oublier un peu. Heureusement que les livres sont là.

César Aira – Prins – éditions Christian Bourgois – 170p (traduction de Christilla Vasserot)