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« Docteur, comment appelez-vous ma maladie ? Est-ce la souffrance juive dont j’ai tant entendu parler ? Est-ce pour moi l’héritage des progroms et de la persécution ? De la dérision et du discrédit dont nous ont abreuvés les goyim au cours de ces deux mille délicieuses années ? Oh, mes secrets, ma honte, mes palpitations, mes fièvres, mes transpirations ! La façon dont je réagis aux simples vicissitudes de la vie ! Docteur, je ne peux plus supporter de m’affoler comme ça pour rien ! Accordez-moi la force virile ! Rendez-moi complet ! J’en ai assez d’être un gentil garçon juif qui s’efforce en public de contenter ses parents tandis qu’en privé il se bricole le paf ! Assez ! »

Je n’avais pas prévu de vous parler de cette lecture. Je comptais la garder pour moi mais, j’ai tellement aimé que je me suis dit que j’allais vous en toucher quelques mots.

Alexander Portnoy, jeune juif de 33 ans (on passera sur la symbolique de l’âge), raconte à son psychanalyste ses pulsions sexuelles permanentes depuis l’adolescence. Non seulement ce jeune homme qui a été éduqué bien comme il faut se livre à la débauche mais en plus, il bande pour des shikse (non juives) blondes à fortes poitrines si possible (non ce n’est pas un parent d’Elie Semoun). Si sa mère savait ça, elle en serait malade. Et c’est bien là tout le nœud du problème. Parce que secrètement Portnoy cherche peut-être à oublier sa maman dans sa quête désespérée de sexe avec des non juives.

À travers le monologue truculent de Portnoy, Philip Roth nous livre un anti-héros qui culpabilise, subit une pression familiale importante et n’a visiblement pas réglé son Œdipe. Il somatise. Le communautarisme juif est sévèrement critiqué par l’auteur mais les États-Unis aussi. Le livre est sorti en 1969 (encore tout un symbole cette date), période où la libération sexuelle fait face au vieux monde conservateur… on sait qui en est malheureusement sorti vainqueur…

Quelle plume ! Quel style ! C’est trash, grossier, ironique, drôle, très enlevé (je peux continuer longtemps comme ça mais, il faut savoir s’arrêter). Philip Roth s’en est pris plein la tête par les critiques à l’époque mais cela devait bien le faire rire. Un vrai bonheur de lecture. Je recommande +++

Philippe Roth – Portnoy et son complexe – Folio – 380p