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« Plus tard, elle exploitera les failles et les forces de ce silence dans un roman. Ce qui ne se dit pas s’exprime autrement ; au moyen d’un stylo ou d’un clavier d’ordinateur, du chant, de la danse, de la peinture, du théâtre, du cinéma. Mais il n’y a rien de plus ridicule, rien de plus inefficace et dépassé, que le fait de s’installer en face de quelqu’un pour lui demander de parler ouvertement de ses plaies ».

La petite fille que tu étais aurait pu être enfermée à vie dans une enfance désastreuse. Une enfance que l’on ne souhaite à personne. Une enfance qui démolit, qui pourrait mettre à terre définitivement. Une vie misérable dans la crasse, l’alcool et la ruine, ce ne serait rien si l’amour était là. Mais, tous les soirs, ton corps de petite fille se retrouve dans un grand lit. Un lit bien trop grand pour lui. Il se heurte à un autre corps qu’elle ne devrait pas connaître. Pas comme ça. Que peut faire une petite fille allongée sous son père, sous le poids du silence à respecter ? Pourquoi la mère de cette petite fille ferme les yeux ?

Pourtant, dans ce chaos, une lumière apparaît. La littérature vient peupler ton adolescence à la DDASS pour ne plus te quitter. Des gens bienveillants finissent par t’entourer de cet amour dont tu as tant besoin. De cette force nouvelle, l’adulte que tu es devenue décide d’être professeur. Pour aider, pour sauver quelques âmes peut-être. Pour transmettre l’amour de la vie et de la littérature.

Mais, l’adulte ne peut pas tirer un trait sur cette enfance, ne peut pas la garder en elle. Alors, tu te mets à écrire. Comme un hurlement, tes mots se jettent sur les pages. Tu extériorises et surtout tu donnes ta plume pour raconter ce que des milliers d’enfants, de femmes aussi, vivent. Pour mettre aussi fin aux préjugés sur le placement à la DDASS.

De cette écriture sort un court livre autobiographique saisissant qui sonne comme une massue, un uppercut. Un livre qui explique pourquoi l’auteure Céline Lapertot a toujours eu cette rage dans l’écriture de ses romans. Derrière l’enfant et la femme, l’écrivain se révèle dans toute sa vérité et, malgré le sujet, toute sa beauté.

Saluons une magnifique couverture. Ce blanc virginal, cette petite fille avec son porte-voix, ce titre éblouissant.

Céline Lapertot – Ce qui est monstrueux est normal – Viviane Hamy – 90p