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« On discute comme si on se connaissait depuis toujours, et là, bourrés comme des coings, on éprouve cette tendresse qu’on a tous au fond les uns pour les autres mais qui sort seulement quand on a picolé, qu’on adresse au premier venu juste parce qu’il est là, alors que le même gars aurait pu s’en prendre plein la gueule si on l’avait croisé à un autre moment ».

Manuel s’enivre dans un bar quand il bloque sur les chaussures vertes d’un gars. De telles chaussures, il n’y avait que Chepe Molina pour les porter mais il s’est fait buter. Comment cet inconnu peut-il porter ses pompes ? Le gars en question, Yovani, lui explique qu’il les a eues grâce à un trafic de vêtements à la morgue. Pour pas cher, on peut s’habiller chic et siglé. Manuel rêve d’être bien looké et demande à Yovani de rencontrer le trafiquant. La tenue qu’il déniche attire l’attention de Gamin et Merveille, deux hommes de main du grand narcotrafiquant Don Efrem. Commence alors pour lui un imbroglio qui va le conduire dans de multiples aventures…

Pour son premier roman, Luis Miguel Rivas frappe fort en animant une galerie de personnages hauts en couleur dans la ville fictive de Villeradieuse. Avec détails, lucidité et humour, il décortique la violence en Colombie liée au narcotrafic qui dicte et gangrène toute l’économie et la société du pays. Manuel représente le petit jeune tranquille qui, par besoin, envie d’argent et manque d’opportunités, peut tomber à tout moment du côté obscur. Les guerres de gangs sont bien décrites avec les règlements de compte entre Don Efrem et son rival Moncada.

Le roman est cependant loin d’être sombre car Luis Miguel Rivas prend le parti de jouer à fond la carte de l’absurde, du décalé pour rendre l’ensemble digeste. Don Efrem, malgré sa cruauté, prête à sourire que ce soit quand il tente de séduire la belle Lorena Bottero avec son professeur de culture ou quand il organise des fêtes grandioses à La Amistad, lui donnant des airs de Gatsby le magnifique. Certains passages jouent aussi sur le comique de situation comme quand Manuel tente de vendre des livres dans un quartier découpé entre petits chefs.

Là où j’ai eu peur, c’est pour l’intrigue. Au bout de 200 pages, je me demandais où l’auteur cherchait réellement à nous emmener. Sachant que le roman fait plus de 400 pages, mes craintes étaient légitimes.  De plus, la narration est loin d’être simple avec des changements réguliers de perspectives, des retours en arrière. Au final, j’ai attendu les deux/trois derniers chapitres pour prendre conscience de la structure et du sens donné à l’ensemble par l’auteur et saluer sa performance.

Un roman mené tambour battant, servi par une traduction d’Amandine Py qui transcrit bien la fluidité de la langue et sa verve.

Luis Miguel Rivas – Le mort était trop grand – Grasset – 430p