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« Il sera toujours difficile de ne pas céder à la culpabilité, de ne pas vous trouver médiocre. Votre corps n’a pas réussi à remplir ses fonctions les plus basiques ; vous n’êtes même pas capable de garder un fœtus en vie ; vous ne servez à rien ; vous n’êtes même pas encore mère que vous êtes déjà une mère défaillante ».

Vous est-il déjà arrivé de lire et de vous dire « C’est exactement le livre qu’il me fallait » ? C’est ce qui m’arrive avec I am, I am, I am. Non parce qu’il est forcément extraordinaire mais parce qu’il correspond à mon état d’esprit du moment, parce qu’il me donne des réponses à des questions lancinantes.

Tout est parti de ma libraire Charlotte. J’ai découvert que nous partageons certaines marottes de lecture. Je suis venue un jour récupérer une commande entre midi et deux et nous avons commencé à discuter de nos dernières lectures. Au fil de nos divagations littéraires et de nos enflammements, Charlotte me tend un livre à la couverture verte et me lance avec un enthousiasme débordant : « J’ai le livre qu’il te faut ». Bonne pioche.

Maggie O’Farrell livre 17 récits autobiographiques non chronologiques avec pour titre une partie du corps. L’auteure est comme un sujet d’anatomie, comme une écorchée de la vie. Elle y raconte comment elle a échappé à la mort à 17 reprises. La sienne surtout mais aussi celle de sa fille dans le dernier chapitre. Ce sont des instantanés qui pourtant ont des liens entre eux. Certains événements décrits dans un chapitre se retrouvent de façon différente dans un autre. Rien d’illogique, nous suivons une vie qui multiplie les expériences traumatisantes et les garde en mémoire : noyade, agression, encéphalite avec séquelles neurologiques, accouchement dangereux… Maggie O’Farrell raconte tout sans fard, sans occulter le moindre fait, le moindre ressenti de l’époque et d’aujourd’hui. Si le livre m’a beaucoup touchée, c’est parce que j’y ai lu des émotions, des colères, des peurs que j’ai vécues. Son récit « Ventre. 2003 » est saisissant de vérité. Elle décrit si bien ce sentiment de solitude, d’infantilisation face à des médecins qui ne vous écoutent pas. Ce parcours atypique, cette mémoire du danger explique aussi la façon dont elle ressent la maladie de sa fille, atteinte de nombreuses allergies pouvant créer à tout moment un choc anaphylactique.

Les récits sont très bien menés, avec une vraie tension dramatique. Cependant, il faut l’avouer il y a deux/ trois chapitres un peu artificiels. Je n’ai été convaincue ni par le chapitre où elle évoque son test VIH après l’infidélité de son copain, ni par celui où sa mère raconte un fait dont elle n’a pas le souvenir. Rien de bien grave, rien qui remette en cause la force de ce livre qui continue d’infuser en moi...

Maggie O’Farrell – I am, I am, I am – Belfond – 250p