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« Ils ont déchiré mon livre

mais tous les signes qui vivent en moi

personne ne peut y toucher.

C’est ma liberté.

Entière.

Secrète.

C’est la liberté de chacun

qui veut bien tenter l’aventure.

Que l’on soit homme, femme, qu’importe.

Les signes se donnent à celui qui veut bien les accueillir,

tout au fond de lui

et les signes nous transforment.

C’est cela le bonheur de chaque jour ».

Une émission de radio. Une femme. Une voix. Un regard posé sur le monde, sur les mots.

Le mercredi 6 février 2019, j’écoute Jeanne Benameur dans Boomerang d’Augustin Trapenard. Elle n’est pas une inconnue, j’ai déjà lu un roman que j’avais beaucoup aimé : Otages intimes. J’y avais déjà découvert une langue, une façon de raconter les choses, d’agencer les mots. Je ne savais pas qu’elle publiait de la poésie. Je ne savais pas qu’elle pouvait encore me bouleverser. J’ai bu ses paroles, j’ai réécouté une vingtaine de fois ce poème spécialement écrit pour l’émission : « Quand j’écris, je sauve ma peau ». La peau est exposée, vivante. Elle prend le risque de s’altérer pour aller à la rencontre des autres, pour aller à la rencontre des mots. « Notre seule vaillance c’est accepter de ne pas rester intact ». Ces paroles ne pouvaient que me faire écho.

Le lendemain de l’émission, je suis allée chercher ce recueil à la librairie. Je l’ai lu d’une traite. Je l’ai laissé reposer et je l’ai relu à nouveau. Lentement. Je voulais la fulgurance puis la délectation.

Une femme quitte son village et traverse le désert. Nous ne savons pas vraiment la raison si ce n’est qu’on a déchiré son livre. Quel livre ? Le livre de l’enfance ? Le livre religieux ? Son manuscrit ? Peu importe ; l’acte est suffisamment grave pour nécessiter ce départ. Un homme finit par tout quitter lui aussi et suit ses traces, avec discrétion. Lui ne sait rien des signes écrits mais il connaît un autre langage, celui de la nature et vraisemblablement celui de l’amour… Finiront-ils par se rejoindre ?

Jeanne Benameur livre une déclaration d’amour à la littérature. Elle questionne sur le sens que l’on donne à sa vie, sur ce qui compte vraiment. Un ouvrage puissant, d’une grande humanité.

Jeanne Benameur – L’exil n’a pas d’ombre – éditions Bruno Doucey – 85p