desmirages

« C'était un petit bateau, pas grand-chose en apparence, mais le bout d'un rêve, c'est forcément un grand quelque chose ».

Après avoir dévidé le fil des nouvelles du recueil de Gilles Marchand, j’ai eu bien du mal à rembobiner l’ensemble. Le fil s’était distendu, avait subi des accros, s’était emmêlé sans que je m’en rende compte. J’ai beau avoir lu quelques nouvelles de l’auteur et ses romans, je crois que c’est vraiment la première fois que je mesure à quel point il a le sens de la tragédie et de la mélancolie. Peut-être parce que lire une nouvelle par-ci par-là ne suffit pas, peut-être parce qu’un roman englobe tellement d’éléments disparates qu’on ne fait pas forcément une fixette sur telle ou telle chose.


Bien évidemment cet aspect tragique et mélancolique a toujours été présent mais, dans Des mirages plein les poches, ça se révèle davantage pour moi. Le choix des nouvelles, les ajouts d’un prologue sur la métaphore de la vie et d’un épilogue très émouvant m’ont donné un gros pincement au cœur. J’aime cette façon que Gilles a d’enrober les vicissitudes de la vie avec une imagination débordante, dans des situations cocasses, drôles tout en étant sérieuses et parfois bien graves. Et pourtant là, j’ai eu l’impression d’avoir vu les choses « à l’os » et ça m’a fait un drôle d’effet.


Ainsi, tout au long de ces nouvelles où l’on croise des lampes adoptées, des demi-truites, des slips qui font bien l’amour, Gilles Marchand nous donne à voir l’envers du décor, ce qui se cache derrière la mécanique du manège de nos vies. Ça montre nous-mêmes dans nos travers et nos espoirs avec une cruelle vérité qui n’exclut pas l’émerveillement. Un clown triste. Il raconte ce que nous n’arrivons pas à exprimer parce que nous n’avons pas le talent de.

Gilles Marchand - Des mirages plein les poches - Aux forges de Vulcain - 144 pages