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« Ma main prend le stylo. L’encre noire. Les mots qui coulent. Quels mots ? Plus tard. Je saurai plus tard. Souvenirs de ces quatre lignes sur l’homme passé. Lucien, le sans-abri et tant d’autres. Tant d’autres choses à dire. Quoi ? Je ne sais pas. Je saurai plus tard. J’ai des ressources. Conscient. Inconscient. En marche. Qui contrôle ? Je tiens le stylo. Toute la vie qui jaillit. Je me préparais. On y est. J’ai le temps. Du temps… Cette fois, oui. Le temps est mon ami ».

Elle ne se nomme pas. Elle est le sujet inconnu. Un être « bizarre », à fleur de peau, qui, loin de vouloir être comme tout le monde, cherche à « accentuer [sa] différence afin de la normaliser ». Cette quête ne se fait pas sans mal. L’enfance n’est pas joyeuse, l’adolescence se passe en partie en hôpital psychiatrique. Elle finit par fuir le Grand Est pour suivre des études de philosophie à Paris. Tout au long des années, elle n’a pas de vie sociale véritable. Hormis ses parents, elle ne passe son temps qu’avec Sam sa peluche puis, plus tard, avec le vieux voisin Lucien.

Mais un jour, ce cœur méfiant, sensible, se met à battre la chamade. « Je suis l’amoureuse. Tu es fou de moi. Je suis amoureuse de toi car tu es fou de moi. Être tout pour quelqu’un ». La passion la dévore. Elle plonge dans cette relation sans filtre, sans retenue. Mais l’amour jusqu’au boutisme peut-il faire mal ?

La douleur. La douleur de la femme amoureuse mais aussi la douleur de la fille qui voit sa mère tomber malade. « Je pensais que ma douleur me protègerait de toutes les autres ». Pourtant, elle trouve un exutoire inattendu : l’écriture. Avec frénésie, urgence, elle écrit pour tenter de donner un sens à sa douleur, pour se libérer des violences physiques et psychologiques.

Loulou Robert livre un roman que j’ai trouvé magistral. Le style brut, les phrases courtes, percutantes montrent une autrice sincère qui pose toutes ses tripes sur la table. Voilà lecteur qui je suis, semble-t-elle nous lancer avec aplomb. Elle n’attend pas qu’on la comprenne. Elle cherche à faire réagir, à susciter une émotion, quelle qu’elle soit. Elle continuera à écrire, à décrire sa rage de vivre, peu importe le qu’en dira-t-on. C’est foutrement culotté et c’est foutrement beau.

Loulou Robert – Sujet inconnu – Julliard – 250p