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« Je sens parfois, malheureusement, que l’anesthésie au monde me guette, que parfois un malheur ressemble trop à un autre dans la façon dont on nous le raconte vite et bruyamment. Toutes ces narrations aux contours grossiers de la misère et des marges qui s’embrouillent pour ne former qu’un fatras à nos yeux […]

Alors, cette année quand la petite fille que j’ai été est revenue me voir, je ne l’ai pas tenue à l’écart. Jamais il ne m’a semblé avoir autant besoin de pensées magiques, de grigris et d’oiseaux dansant dans le ciel […] Peut-être que vous penserez que c’est puéril, mais je sens bien qu’elle seule, cette enfant aux pensées magiques, peut me réveiller au monde, à son envers et à son endroit ».

Durant toute l’année 2017, Nathacha Appanah a tenu une chronique hebdomadaire dans La Croix. J’avais lu certaines d’entre-elles et j’avais été frappée par ce qu’elle donnait d’elle-même dans ces quelques lignes surtout à travers un sujet d’actualité. Je me suis donc précipitée en librairie pour lire ce recueil des principales chroniques (une trentaine).

Nathacha a été surprise elle aussi de mettre autant d’elle-même dans ses chroniques. Elle, tellement habituée à « s’effacer » derrière ses personnages. Mais comment ne pas mettre de soi ? Comment ne pas voir le monde à travers le prisme de l’enfance, des racines multiculturelles, des expériences de la vie et de la littérature ? Pendant une année, Nathacha nous donne son regard bienveillant, ses avis nullement tranchés et surtout ses interrogations sur les migrations, le racisme, la question de l’identité, de la langue, sur la place de la femme, de l’écrivain et bien évidemment sur celle des livres. La poésie est évoquée à de nombreuses reprises et forme ce que Nathacha appelle sa « sentimenthèque ». S’il est parfois difficile de voir notre monde violent avec les yeux d’un poète et s’il est clair que la littérature ne peut pas sauver notre monde, il ne fait aucun doute que la poésie nous aide à l’appréhender, à s’en protéger peut-être même. Elle est la lumière qui nous éclaire dans les ténèbres… pourvu que personne ne vienne souffler sur la chandelle ! 

Nathacha Appanah – Une année lumière – Gallimard – 140p