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« Tu crois qu’ils comprendront ? Tu crois qu’ils m’en voudront ? Est-ce que tu penses qu’ils s’en rendront seulement compte ? Mon absence, comme un point de néant. Et leurs vies, lancées à cent à l’heure, impossibles à saisir, à attraper, à garder contre soi, est-ce que leur monde à eux s’arrêtera de tourner même une brève seconde ? Combien de fois j’ai eu l’impression de vivre en dehors de tout cela, à côté, en marge. Mon existence sur leurs contours, jamais tout à fait dans leurs vies à eux ». (Tout foutre en l’air)

« Le merle s’envole. Il semble m’inviter à en faire autant. Je ne suis pas certain d’arriver à lui résister. Qu’est-ce qui me retient de ne pas plonger à sa suite ? Une simple impulsion, et je pourrais laisser derrière moi souffrances, manques et humiliations. Ne plus subir l’ennui, la pesanteur, la crasse et la puanteur. Un tout petit pas de côté, une infime bascule du poids du corps, et je pourrais ne jamais plus déranger personne, ne jamais plus me sentir de trop ». (Highline)

Tout a commencé par une lecture gentiment proposée. Un adolescent qui a perdu son meilleur ami dans l’attentat de Londres. Un roman qui avait fait « boom » dans mon cœur à l’image du titre. C’était Boom de Julien Dufresne-Lamy.

Avec ce roman, j’ai ouvert pour la première fois un livre de la collection « D’une seule voix » d’Actes Sud junior. Créée par Jeanne Benameur et Claire David, cette collection a un credo : « Des textes d’une seul souffle. Des textes à dire, à partager avec soi et le monde ». Et c’est exactement ça pour avoir lu aussi Tout foutre en l’air d’Antoine Dole et Highline de Charlotte Erlih. Nous sommes saisis dès la première ligne et on ne lâche plus l’ouvrage jusqu’à la fin. Le narrateur parle, se parle, parle au lecteur avec une force et une sincérité désarmantes.

Dans Tout foutre en l’air, Antoine Dole fait parler une jeune fille qui s’enfuit un soir de chez ses parents avec Olivier. « Ce soir, nous allons le faire ». Prise dans l’engrenage d’une relation, elle s’apprête à commettre l’irréparable. La solitude, le mal être, le besoin d’amour sont ainsi les pierres angulaires de ce roman sur le suicide. Avec Highline, Charlotte Erlih réussit la prouesse de nous raconter la traversée d’un funambule à cent mètres du sol sans attaches. Que se passe t-il dans la tête d’un homme qui met sa vie en péril ?

Dans chacun de ces romans, l’écriture est d’une grande qualité. Chacun a bien évidemment son style mais les écritures sont vives et d’une grande beauté. Les adolescents se retrouvent avec une collection qui ne se moque pas d’eux et qui, au-delà des thématiques fortes abordées, montre une bien belle littérature. Certains romans « pour adultes » n’offrent pas de tels styles.

Pour avoir eu la chance d’écouter les trois auteurs parler de leurs livres, la grande force de cette collection, qui a soufflé ses dix bougies, est l’envie. Chacun des auteurs a eu envie d’écrire spécifiquement pour cette collection parce qu’ils l’ont découverte et aimée. Il ne pouvait en sortir que de beaux textes.

Si vous avez un ado (lycéen plutôt que collégien) ou si vous avez envie de lire une littérature jeunesse de qualité, n’hésitez pas. Personnellement, j’ai bien envie d’en lire d’autres !

Antoine Dole – Tout foutre en l’air – Actes sud junior – 60p  + Charlotte Erlih – Highline – Actes sud junior – 95p

De la même collection :

" Boom " de Julien Dufresne-Lamy - LES LECTURES DU MOUTON

" Timothée, tu meurs sur un pont comme d'autres s'endorment au fond d'un lit. Tu meurs debout puis recroquevillé comme un enfant pâle. Tu meurs de bon matin, après la douche, après le petit-déj', avec beaucoup d'entrain parce que tu sais que l'on passera une belle journée.

http://www.leslecturesdumouton.com