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« Et si le temps n’existait pas ? Si tout ce que nous vivions était éternel et que ce n’était pas le temps qui passait devant nous, mais nous qui passions devant ce que nous avons vécu ? Je me pose souvent la question. Nous changerions de perspective, nous nous éloignerions des bons souvenirs, mais ils seraient toujours là et, pour peu qu’on remonte le temps, nous les retrouverions. Ce serait comme un livre dont on feuilletterait les pages pour revenir en arrière ou peut-être même au début ».

Jules Moreau se réveille à l’hôpital à la suite d’un terrible accident de moto. Avoir côtoyé la mort de près lui fait revenir en mémoire un événement tragique de son enfance. À l’âge de onze ans, il perd ses parents dans un accident de voiture dans le sud de la France. Devenus orphelins, sa sœur Liz, son frère Marty et lui-même se retrouvent à vivre en pensionnat. Privés de leurs parents et séparés dans l’institut, ils tentent tant bien que mal de faire face à la solitude. Comment grandit-on en ayant perdu ses repères ? Chacun des trois jeunes fait face comme il peut, à sa façon. Liz devient une jeune femme qui fuit sans cesse et surtout elle-même, Marty se lance à corps perdu dans une vie bien rangée et Jules se cherche. Une personne va cependant donner un élan à la vie de Jules : elle s’appelle Alva. Pensionnaire comme lui, ils passent leur temps ensemble mais finissent par se séparer, se retrouver, s’éloigner à nouveau.

Ce roman est ainsi à la fois un récit initiatique sur le deuil, la résilience et l’importance des liens familiaux mais aussi une histoire d’amour entre deux solitudes qui tentent de s’apprivoiser mais prennent la fuite par peur.

Avec une écriture fluide et agréable, une construction linéaire mais solide, Benedict Wells pose les questions essentielles d’une vie : comment faire face à la mort ? Comment aimer sans avoir peur de perdre ? Comment enrayer la solitude qui peut rapidement envahir nos cœurs ?

Je suis tombée sous le charme de ce roman qui a su toucher mon cœur et me faire verser quelques larmes alors qu’habituellement je suis assez critique sur les livres qui abordent ces thèmes avec un pathos assez lourdingue. Là tout est dans la mesure, dans le juste ce qu’il faut pour que les sentiments, les émotions affleurent. L’histoire d’amour entre Alva et Jules est romantique sans être gnangnan et la mort est abordée sans lyrisme. Cet auteur a compris qu’il fallait être juste sincère et sensible pour être dans le vrai. C’est beau, c’est triste, c’est comme la vie.

Benedict Wells – La fin de la solitude – Livre de poche – 345p. Traduit de l’allemand par Juliette Aubert.