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« J’ai cherché l’amour avec une persévérance qui m’étonne, mais aussi une lucidité qui m’empêchait de le trouver. Peu importe ici le détail de ces rencontres approximatives où je comprenais trop bien que c’était l’amour que je cherchais à travers un homme, et que cet homme n’était pas celui qui m’en montrerait le véritable chemin. Il aurait fallu qu’il se proposât, au-delà de lui-même, un but qui le dépassât et que j’eusse pu, sans déchoir, tenter de l’atteindre à sa suite. Mais je retombais toujours à cette limitation de la médiocrité, de la bassesse et de la satisfaction de soi-même. Et je passais encore une fois mon chemin ».

Qui peut se vanter aujourd’hui de connaître Edith Thomas ? Bien peu de gens. D’un naturel discret, elle a été plus ou moins effacée de nos mémoires littéraires. Pourtant, cette femme de tête a eu un parcours assez singulier et des convictions fortes.

Qualifiée de « sœur de l’ombre » de Simone de Beauvoir, Edith Thomas, la féministe, a pourtant été bien plus engagée politiquement que sa consoeur. Avec la déclaration de guerre, Edith entre au PCF et s’engage dans la résistance. Au sortir de celle-ci, elle consacrera sa vie littéraire à écrire des biographies historiques, le romanesque étant souvent relayé au second plan. Pourtant, avec la sortie du jeu d’échecs chez Grasset en février 1970, c’est bien un roman autobiographique qui devient son plus grand succès. Auréolé par la critique, ce roman finira pourtant comme son auteure dans l’oubli.

C’est dans un souci de faire connaître l’œuvre, l’auteure et la femme que Viviane Hamy réédite ce roman où se mêlent avec brio réalité et fantasmes. L’ouvrage porte très bien son nom puisqu’il s’agit d’un jeu où l’amour est perdant, du moins pour Aude, le double littéraire d’Edith. Ce jeu d’échecs, à une période où la tuberculose gagne du terrain et achèvera Edith quelques mois après la publication, est l’occasion d’un bilan amoureux pour l'auteure avec une discrétion, une pudeur qui n’omet pourtant rien, que ce soit l’amour unilatéral ou encore son homosexualité. Une véritable authenticité se dégage de cet ouvrage découpé en autant de parties que d’amours, où la liberté et l’absence de compromis sont les valeurs-clés. Pour autant, la fiction a aussi sa part comme l’évocation de la maternité qu’elle n’a jamais connue. Cet ensemble est servi par une langue riche, subtile où le passé simple côtoie le plus-que-parfait du subjonctif, chose rare de nos jours. Pour autant, nul pédantisme mais une sincérité, une poésie et un souci de donner un bel écrin de mots à ces amours passés qui ont du mal à passer parfois.

Je ne peux que vous recommander sa lecture, notamment la première partie sur Stevan, le slave communiste à qui elle dédie sa plus belle prose.

Edith Thomas – Le jeu d’échecs – Viviane Hamy – 200p