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« Écoute. On en va pas se mentir : ça ne sert à rien d’essayer, tous les deux. Toi aussi tu me plais, t’es la plus jolie fille de ce putain d’endroit, mais ça ne marchera pas. Tu sais pourquoi ? Parce que les « jeunes de banlieue », leur vie pue, et tu t’en rendras compte bien assez tôt. Ça pue la merde dans nos cages d’escalier, nos parents puent la sueur quand ils rentrent du boulot, nos salons puent le désodorisant pour chiottes. Moi-même, je pue la défaite. Tu crois qu’être pauvre, c’est quoi ? Être pauvre, ça pue, et ça a un goût, celui du sang dans ma bouche quand mon père me tabassait. Je veux pas te faire pleurer, Léa, mais circule, y a rien à voir. Toi et moi, ça pue le malheur ».

Hamed Boutaleb est un jeune de la cité de Sevran. Devenu orphelin à treize ans, il part vivre chez son oncle et sa tante à Saint-Cloud. Changement radical de décor mais aussi de connaissances. Le foot, où il excelle, est sa passion. Il rencontre dans son club François qui devient rapidement son meilleur ami. Quelques années plus tard, il fait la connaissance de Léa, issue de la bourgeoisie. Il tente d’oublier son attirance pour la jeune fille en essayant de percer dans le football professionnel. Mais, dans la vie, rien ne se passe comme prévu…

J’avoue que j’ai eu un peu peur avant de commencer le roman. Ce n’est nullement en raison du football. Je ne suis pas une grande fan de ce sport mais je suis au moins avec intérêt les matchs des équipes nationales et un minimum le reste. Concernant les clubs, le fric à gogo, la folie du naming au point où ça en devient ridicule (non mais franchement Ligue 1 Conforama ou Domino’s Ligue 2, on touche le fond… pourquoi pas un Neymar Ikea aussi !), je m’en fous un peu.

Ce qui m’a fait peur en lisant la quatrième de couverture, c’est le côté nous sommes de deux mondes différents, notre amour est impossible. C’est tellement éculé que je me suis dit ce n’est pas possible, on va tomber dans les clichés et le mièvre. Et bien après quelques pages de doute, force est de constater que l’auteur a su me maintenir en haleine grâce à une histoire qui part dans une direction que je n’aurais pas soupçonnée. Du coup, exit les craintes et place à un récit bien mené jusqu’au bout. C'est à partir de la cinquième partie que l'histoire prend toute sa dimension. Ainsi, malgré quelques maladresse touchantes et un début de relation avec Léa moins convaincant, ce roman est plutôt bien écrit et le personnage d’Hamed Boutaleb est attachant. Franchement, c’est une belle surprise. Je n’ai pas boudé mon plaisir.

Guillaume Para – Ta vie ou la mienne – éditions Anne Carrière – 200p