colombeschneck

« Gilbert, Paulette et Max ont ainsi vécu après la guerre parmi les bourreaux.

Gilbert grandit dans cette atmosphère injuste où des femmes qui ont couché avec un Allemand contre un peu d’amour, de soutien ou d’argent sont tondues, violées par des résistants de la dernière heure, où des hommes qui ont participé de manière active et volontaire à la politique collaborationniste et antisémite de Vichy sont récompensés par la Légion d’honneur et ont vu toute faute effacée.

Gilbert ne se révolte pas, s’indigner serait inutile. C’est ainsi ».

Avec Les guerres de mon père, Colombe Schneck continue le travail sur sa famille, inauguré avec L’increvable monsieur Schneck en 2006. Ce récit était consacré à Max, son grand-père paternel.

Cette fois-ci, l’enquête, car il s’agit d’une enquête, est consacrée à son père Gilbert décédé en 1990.  Enfant juif caché par des justes dans la campagne périgourdine, Gilbert Schneck découvre l’horreur nazie puis l’assassinat violent de son père. Devenu adulte bien trop tôt, il va brûler la chandelle par les deux bouts. D’autant plus qu’une nouvelle guerre, celle d’Algérie, fait remonter les démons des hommes. Coureur de jupons, épicurien, il se laisse guider par ses envies quitte à être un mauvais mari tout en étant un père présent. La vie est trop courte, Gilbert le sait et elle le lui rappelle avec une cruelle ironie en le fauchant à 58 ans.

Colombe voue un amour sans failles à son père tout en reconnaissant ses défaillances. Elle décide de faire des recherches pour le comprendre davantage, pour rencontrer les gens qui l’ont connu. Elle est aidée par des témoignages de son entourage, notamment de Pierre Pachet, son oncle maternel, mais aussi par des fouilles aux archives. Nous retrouvons toute une période sombre de notre histoire que l’on craint de revoir de nos jours.

De cette enquête, il en résulte un récit touchant, intime d’un père, d’un homme imparfait parce que la vie est malheureusement loin d’être parfaite. Nous avons aussi en filigrane le portrait d’une fille qui rend hommage à son père, qui tente de tourner la page de ces instants perdus avec lui tout en leur offrant un bel écrin. Et puis, peut-être aussi que ce livre permet à l’auteure d’accepter que l’on puisse l’aimer encore, autrement.

Colombe Schneck – Les guerres de mon père – Stock – 306p