boom JDL

« Timothée, tu meurs sur un pont comme d’autres s’endorment au fond d’un lit. Tu meurs debout puis recroquevillé comme un enfant pâle. Tu meurs de bon matin, après la douche, après le petit-déj’, avec beaucoup d’entrain parce que tu sais que l’on passera une belle journée. Tu meurs dans un faux bond dont j’ai la spécialité. Une promesse manquée. Paresse du matin. Tu meurs de mauvaise humeur parce que ce jour-là, j’ai été minable ».

Il faut se méfier de la littérature jeunesse, elle va souvent beaucoup plus loin que l’on croit. Elle ose beaucoup, elle est moins enfermée dans un cocon comme parfois la littérature pour adultes. Et puis, à la réflexion, existe-t-il une véritable différence entre un roman pour adultes et un roman pour ados ? La trentenaire que je suis a pris un grand plaisir à suivre cette histoire forte. C’est un peu la magie de la littérature, elle vous prend, ne vous lâche pas et se fout de l’âge que vous pouvez avoir. Parce qu’un bon roman vous parle forcément.

Dans Boom, Julien Dufresne-Lamy raconte l’histoire d’Etienne, un jeune lycéen. Il a perdu son meilleur ami Timothée quelques semaines plus tôt. Lors d’un voyage linguistique à Londres, Timothée a été fauché par une « voiture folle » sur le pont de Westminster. Une victime de plus d’un attentat, une qui s’ajoute sur une liste de plus en plus longue. Mais Timothée n’est pas qu’un prénom, il n’est pas qu’une victime, il est le « meilleur pote à la vie, à la mort » d’Etienne. À travers le récit de leur rencontre trois ans plus tôt, à travers l’évocation de leurs rires, de leurs beuveries, de leurs relations avec les filles, Etienne s’attache à redonner vie, à sa façon, à son pote.

« Londres, c’est ton idée », « Tu aurais pu attendre une toute petite année avant de te consumer ». La rage d’Etienne qui semble dirigée au départ contre Timothée n’est que le symptôme de sa peine incommensurable. Il s’en veut terriblement d’être là, d’être vivant alors que Timothée non. Pourquoi ? L’écriture est franche, sans langue de bois, à l’image de nos jeunes qui vivent tout à fleur de peau, à l’image d’Etienne dépassé par ce chagrin immense. Toute la palette des émotions est jouée avec finesse. Etienne est en rage, Etienne est triste, Etienne est perdu, Etienne veut continuer à vivre malgré l’absence, malgré tout.

Julien Dufresne-Lamy livre une belle déclaration d’amour d’un ami à un autre. J’insiste bien sur déclaration d’amour et non déclaration d’amitié. Nous avons tendance à séparer amour et amitié par pudeur, pour éviter les mauvaises interprétations. Or, l’amitié c’est de l’amour, un vrai, dénué de désir physique mais non exempt de passion. Le meilleur ami, c’est celui qui fait aussi un boom dans le cœur quand on le voit. Il est plus fort que le boom des terroristes, il ne faut jamais jamais l’oublier.

Julien Dufresne-Lamy – Boom – Actes Sud – 112p