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« J’ai l’habitude avec les journalistes d’être toujours associée à deux qualités : discrète et lumineuse ! Durant toutes ces années, comment suis-je passée si facilement entre les mailles du filet ? Évidemment, je ne m’en plains pas, pour rien au monde je ne renoncerais au plaisir d’être si bien cachée derrière mon maquillage et les costumes d’un personnage. Puisque tout est vrai, et que les acteurs "font semblant de faire semblant", comme l’écrit Marivaux. Je m’étonne juste qu’après ces heures d’interviews, tous ces plateaux télé, ces radios, les mêmes mots ressassés à l’infini suffisent… grâce à ce sourire peut-être. Je suis une actrice connue, que personne ne connaît ».

Nous connaissons tous Isabelle Carré et plusieurs de ses rôles au cinéma. En revanche, nous ne connaissions pas la Isabelle écrivain. C’est chose faite avec ce premier roman autobiographique intitulé Les rêveurs mais que l’auteure aurait voulu appeler La partie immergée de l’iceberg. Ce titre aurait été fort judicieux car, derrière l’image de la discrétion, peut-être même un peu lisse de la comédienne, se cache une vie bien plus mouvementée. Tour à tour, elle nous fait part de son éducation peu orthodoxe, de sa défenestration involontaire petite, de sa tentative de suicide adolescente, de la découverte de l’homosexualité de son père, de sa vie solitaire hors du cadre familial bien avant sa majorité, sa carrière ratée de danseuse suite à un accident. Alors que tous ces événements auraient pu la briser ou du moins la chambouler fortement, elle a su rebondir, faire face grâce au théâtre, au cinéma et à la littérature.

Le récit est discontinu, il mêle les souvenirs de son enfance, le récit sur ses parents, sa vie actuelle sans véritable fil conducteur. Ce parti pris peut éventuellement gêner certains lecteurs ce qui n’est pas mon cas personnellement. L’écriture est à l’image de l’actrice, simple, pudique, sans chichis ce qui n’exclut en rien la beauté. C’est un bien joli roman mais malgré toutes ses qualités, il me manque un petit quelque chose. Je pense en fait que je commence un peu à saturer des livres autobiographiques. De plus, je suis intimement persuadée qu’il n’aurait pas eu le succès qu’il connaît aujourd’hui s’il n’avait pas été écrit par une célébrité.

Isabelle Carré – Les rêveurs – Grasset – 304p.