IMG-1541

« ’’…Tu lis Le Monde des livres ?’’ Elle dit : ‘’Non, je l’habite, lol.’’ Il dit ‘’Pardon ?’’ Elle dit : ‘’Ben oui, j’habite le nouveau monde des livres. Pas l’ancien où tu travailles.’’ Il pense : ‘’Tu vas le payer.’’ Il dit : ‘’Tu manques pas d’humour !’’ Elle dit : ‘’Ben les auteures d’aujourd’hui, c’est nous. La preuve, t’es là pour moi.’’ »

Bettie Leroy est une jeune booktubeuse. Sa chaîne Youtube s’appelle BettieBook et son slogan est "lectrice et petite souris qui voit tout, tout, tout, suis-moi dans la maison des livres". Elle chronique essentiellement de la dystopie, voit son nombre d’abonnés sans cesse augmenter et elle méprise la critique littéraire traditionnelle qu’elle considère comme has been. Parce qu’elle ne vit pas de sa passion malgré sa popularité, elle travaille en parallèle dans un centre de bronzage à Melun.

Stéphane Sorge est un critique littéraire autant respecté que craint dans le tout Paris. C’est un sniper de la critique au point qu’il est surnommé le S.S. Il est dans toutes les bonnes soirées littéraires mais il est sur la pente descendante. Il est obligé de faire des piges dans des magazines de seconde zone (sous pseudo évidemment sinon c’est la honte). En même temps, il ne lit pas toujours les livres qu’il reçoit (il est plus intéressant de lire Détective) et ne se gène pas pour pomper ses avis sur le web.

Bref, nous avons affaire dans ce roman à deux mondes bien distincts et pourtant réunis par la littérature et l’arrogance.

Stéphane décide de faire un article sur les booktubeuses et prend contact avec Bettie. Au fur et à mesure de leurs rencontres s’instaure entre eux un jeu du chat et de la souris malsain. Jusqu’au jour où Stéphane décide de se venger de ce monde qui le menace…

À la manière du vocabulaire de l’espionnage, le livre est découpé en quatre parties, Money, Ideology, Compromise et Ego donnant l’acronyme M.I.C.E. (donc souris en anglais).

J’ai beaucoup aimé la première partie quand Frédéric Ciriez décrit ce milieu des booktubeuses et des critiques littéraires parce que j’y ai vu des choses véridiques (mais heureusement pas généralisées) comme l’avidité de reconnaissance quitte à être de mauvaise foi ou à montrer son cul pour y parvenir. Je ne parle même pas de ceux qui ne lisent pas les livres… Enfin bref, c’était jouissif !

Mais, au fur et à mesure, je n’ai pas vraiment compris les intentions de l’auteur et cette volonté à tout prix de vengeance de la part de Stéphane. Il me semblait qu’il avait plus à y perdre qu’autre chose. Et puis, la partie Compromise m’a mise mal à l’aise et pas parce qu’elle évoque le revenge porn. Si elle est essentielle pour bien comprendre la dernière partie, les longues descriptions des actes sexuels étaient pour beaucoup inutiles à mon humble avis. J’ai fini par avoir l’impression de visionner un mauvais porno.

La toute dernière partie qui évoque les conséquences judiciaires de l’affaire redonne de l’intérêt à l’histoire. La forme y est originale et il est intéressant de noter la façon dont les mensonges se tissent de part et d’autre. Et puis là je comprends finalement qu’il n’est pas intéressant de savoir pourquoi il y a ce revenge porn mais plutôt ce qu’il a d’important pour les deux personnages. J’aboutis à une conclusion terrifiante : la malhonnêteté et le « m’as-tu vu » priment toujours sur le reste. Rien ne sert d’être sincère, il faut juste être là, au bon moment pour ramasser le gros lot. C’est d’un tel cynisme (et réalisme car je n’ai pas eu besoin de ce livre pour m’en rendre compte) que ça m’a laissée sans voix.

Un livre qui me laisse une drôle d’impression, me met vraiment mal à l’aise.

Bienvenue dans le monde 2.0 où tout le monde joue à la fois à la pute et au maquereau !

Frédéric Ciriez – BettieBook – Verticales – 190p