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« Elle est maintenant posée dans le coin d’Eva, accroupie dans le trou laissée par son absence.  Si elle répétait volontiers que c’est elle qui avait disparu, qu’elle les avait laissées, qu’elle avait déserté, elle savait que c’était plutôt eux qui l’avaient éloignée, comme ils l’auraient fait d’un corps étranger, si agressif qu’il suscite des mécanismes de défense appelant l’expulsion définitive pour cause de survie sociale, morale et affective ».

Eva Silber a disparu du jour au lendemain sans laisser aucune trace derrière elle. Pourquoi ? C’est à cette question que les différents protagonistes de ce roman polyphonique essaient de répondre, à moins qu’ils tentent surtout de comprendre leurs relations avec elle. Qu’est-ce qui a été le déclencheur ? Quels étaient les signes avant-coureurs ?

Nous suivons tour à tour les récits de trois personnages. Nous avons tout d’abord Franck Bourgoin, le patron. C’est un voyeur suivant à la trace son personnel et ayant eu une relation étrange avec Eva. Le deuxième personnage est Marie-Claude Chevalier, sa collègue et unique amie au travail. Là encore, la relation entre les deux est spéciale et surtout se réduit à néant suite à un incident. Enfin, il y a Paul Serge, son amant rencontré devant un hôpital.

Tous se remémorent et racontent leurs visions d’Eva forcément différente pour chacun mais avec cependant de nombreux points communs notamment sa solitude, le sentiment qu’elle était à part, déconnectée des autres. Nous lecteurs, nous suivons pas-à-pas leurs recherches comme dans une enquête policière.

La dernière partie axée sur Eva permet de comprendre la disparition et surtout nous montre des éléments surprenants et une facette bien différente de celles évoquées par les précédents narrateurs. Et si être humain était excluant ? Est-ce une tare, une étrangeté pour notre société d’être dans l’émotion, l’humanité ? Devons-nous accepter cet état de fait ?

Plutôt déconcertée par le récit au départ, j’ai vraiment pris conscience de ses valeurs et de son sens au fur et à mesure de la lecture. Sans être un grand roman, il ne laisse pas indifférent et interroge. Il plaira autant qu’il déplaira. De toute façon, n’est-ce pas le but d’un roman aussi ?

Emmanuelle Lambert – La désertion – Stock – 160p