attrape souci 

« Les petites boîtes se ressemblaient toutes, je n’arrivais pas à me décider, je les trouvais mal taillées, trop plates, pas assez colorées, j’en aurais voulu qui soit parfaite. Je les dévorais des yeux, sans oser les toucher, encore moins les ouvrir pour voir dedans. D’un coup, j’ai su laquelle j’allais prendre, j’ai souri, je me suis retournée pour faire signe à ma mère. De là où j’étais, je ne la voyais pas, j’ai tendu la main pour la saisir, mais j’ai eu peur que la libraire ne pense que j’allais la voler, alors, je l’ai reposée, j’ai regardé de tous les côtés et je me suis dirigé vers la sortie, les mains vides. Sauf que, dehors, personne. Elle avait disparu ».

Buenos Aires vers Noël 2001. Lucien a 11 ans et passe ses vacances avec sa mère originaire d’Argentine. Ils flânent dans une librairie. Lucien découvre les attrape-soucis, de petites poupées qu’on glisse sous l’oreiller pour se réveiller sans problèmes. Alors qu’il s’apprête à en choisir un, sa mère disparaît. Cruelle ironie !

Livré à lui-même, Lucien part à sa recherche dans toute la ville en s’aidant du maigre espagnol qu’il possède. Sur le chemin de sa quête, il croise une multitude de gens d’horizons variés, des bas-fonds de la ville aux quartiers chics à la périphérie. Si Lucien, qui devient Lucio, échappe à quelques mauvais tours, la plupart des gens lui apporte une aide temporaire, bienveillante, discrète. Que ce soit avec le sans-domicile fixe Gastón, les prostituées comme Ariana, le jardinier Arrigo, les rencontres sont déterminantes, pleines d’humanité sous la rudesse des apparences. Ces petites gens qui luttent pour s’en sortir n’ont pas le temps, ne peuvent se permettre de s’apitoyer sur eux et sur les autres. Ils ne posent pas trop de questions mais aident tout en faisant prendre conscience à Lucio qu’il doit trouver lui-même les moyens de sa survie. Lucio, de toute façon, ne veut pas révéler sa situation de peur d’être renvoyé en France.

Catherine Faye nous offre un très beau roman d’apprentissage. Lucio progresse au fil des rencontres dans sa quête mais surtout dans la découverte de lui-même. J’ai été émue par ce petit bonhomme au courage immense, à la recherche désespérée d’une mère qui ne lui a pourtant pas apporté beaucoup d’amour et d’attention. Une forme de violence finit par se libérer avec la rencontre avec Adela, une forme de nouvelle figure maternelle. Nous trouvons dans cette violence contenue les prémisses de l’adolescence, l’intégration des codes de survie dans un milieu difficile et surtout un manque cruel d’amour. J’ai eu une envie folle de serrer ce petit bonhomme dans mes bras surtout avec une fin aussi bouleversante. Lisez-le !

Catherine Faye – L’Attrape-souci – Mazarine – 150p