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« Elle se rappelait l’arrivée dans la capitale comme si c’était hier : la soirée était avancée et malgré cela, il faisait très clair. Elle s’était arrêtée, interdite, ne sachant comment définir l’atmosphère créée par cette lumière pâle, irréelle, d’un gris perle, éclairant les constructions de tous les côtés à la fois, sans ombre aucune. La ville de Saint-Pétersbourg lui offrait le meilleur d’elle-même, sa magie de l’état comme nulle part ailleurs. Elle prit cela comme un cadeau de bienvenue et en fut heureuse. »

Alors qu’elle fait des recherches sur un peintre de sa famille, Fanny Tonnelier découvre aux archives de Saint-Pétersbourg des demandes de passeport de Françaises du début du XXe siècle. Ces femmes vivant en Russie voulaient, avec les événements de 1917, retourner en France. Emue et inspirée par ces histoires de femmes indépendantes, elle décide d’y consacrer son premier roman… et c’est plutôt réussi.

Nous suivons les péripéties d’Amélie Servoz, une jeune modiste parisienne d’origine savoyarde. Par un jeu d’alternance du récit, nous suivons à la fois les débuts de cette jeune femme et son voyage pour retourner en France. Nous la voyons devenir apprentie plumassière puis modiste à Paris avant qu’on lui propose en 1910 de reprendre une boutique de création à Saint-Pétersbourg. Avec audace, surtout pour l’époque, elle accepte et découvre la vie russe. Dans les parties consacrées à son départ de Russie en 1917, nous vivons avec elle ses difficultés pendant le voyage, ses peurs, interrogations mais aussi son attirance pour Friedrich, un jeune suédois qui lui apporte son soutien et son aide – ainsi qu’à son amie Joséphine – dans ce périple.

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui montre un aspect méconnu des relations franco-russes avec une écriture fluide et un véritable souffle romanesque. Fanny Tonnelier a su exprimer avec passion le désarroi et le courage de ces jeunes femmes qui doivent tout laisser derrière elles alors qu’elles avaient eu la force de choisir une vie peu commune pour l’époque. Grâce à un gros travail de documentation, l’auteure réussit à décrire ce métier de modiste. J’ai vraiment eu l’impression d’apprendre le métier en même temps qu’Amélie. Enfin, il était important de savoir retranscrire les émotions suscitées par les événements de 1917 et je trouve que l’auteure a plutôt bien réussi à capter cette ambiance. Le périple à travers la Russie, la Suède et l'Ecosse est rythmé. J'ai juste été moins sensible à l’histoire d’amour entre Amélie et Friedrich. Cependant, elle a le charme des romances surannées. Après, je ne suis pas non plus une très grande romantique donc…

Sincèrement, c’est une belle découverte. Une fois de plus, Alma a su déceler un beau premier roman qui fait la part belle à la fiction.

Fanny Tonnelier – Pays provisoire – Alma éditeur – 256p

Un dimanche russe