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« Vous avez vraiment besoin que je sois fou, hein ? Il faut que vous sachiez, la dernière fois, j'ai surpris la concierge en train d'arroser les plantes de la cour alors qu'il pleuvait. Les gens font comme ils peuvent avec la vie. Arroser des plantes sous la pluie ou se balader avec une serpillière dans une serviette en cuir, c'est un moyen de tenir. Parce qu'il faut quand même bien qu'on tente d'aller jusqu'au bout. Vous-même, je suis sûr que vous avez des trucs pour ne pas sombrer ».

J’ai découvert l’auteure lors de la rentrée littéraire 2017 avec Les jouisseurs, un livre peu facile d’accès au premier abord. Tous les amateurs de son écriture m’ont conseillé de lire Le caillou. Je me suis donc précipitée dessus. Si la narration est moins complexe que celle des Jouisseurs, j’ai toujours cette poésie, ce côté fable des temps modernes, cet univers très imagé qui sont finalement sa marque de fabrique.

La narratrice vit seule, en ermite dans un appartement parisien. Ancienne prof ayant quitté l’éducation nationale pour cause d’aphonie, elle vit de petits boulots comme serveuse dans un bar. Pour ne plus souffrir, ne plus rien sentir, elle veut devenir un caillou.

Un soir, elle fait la rencontre dans des circonstances assez burlesques avec son voisin M. Bernard. Ce retraité malade du cœur, passionné d’art et sculpteur à ses heures veut faire de notre narratrice une œuvre d’art sculptée. Une forme d’amitié se créé entre ses deux personnes un peu décalées dans la vie. Mais, un jour, M. Bernard décède d’un arrêt cardiaque : il ne prenait plus ses médicaments. La narratrice se met en tête de reprendre le flambeau de son voisin et marche sur ses pas en se rendant en Corse où il avait ses habitudes. Arrivée sur la côte sud d’Ajaccio, à Coti-Chiavari près du Capo di Muro, la narratrice ne s’attend pas à ce que cette parenthèse corse se transforme en un voyage au long court…

Une fois de plus, je retrouve une Sigolène qui parle de la difficulté d’être, du sens que l’on donne à sa vie. De son écriture sèche, dépouillée de tout artifice et pourtant si belle, elle évoque aussi la solitude, la vieillesse et l’art qui peut transcender une vie. J’aime ce côté absurde qu’elle émaille dans son récit. Et que dire de cette description de la Corse, de ses paysages qui donnent tellement envie d’y jeter l’ancre !

J’ai encore été transportée par ce roman de Sigolène et je pense même le préférer aux Jouisseurs. J’ai hâte maintenant de me plonger dans J’ai déserté le pays de mon enfance (que j’ai réussi à trouver et ce n’était pas simple) et dans Courir après les ombres.

Sigolène Vinson – Le caillou – Le Tripode – 200p

Du même auteur : 

" Les jouisseurs " de Sigolène Vinson - LES LECTURES DU MOUTON

" Il a étalé du rouge jusque dans les yeux du pantin. Par excès de réalisme et de représentations des vaisseaux sanguins, il est parvenu à un surréalisme pompier. Tout fait casque, puisque, foutu pour foutu, il a vidé son tube de peinture rouge sur la perruque, qui a durci.

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