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« Maintenant je suis seule, je domine le monde et sa vallée de larmes, une funambule sans fil, une insomniaque sans fatigue. Je flotte dans la douceur de la nuit, je vogue, je tangue, je m’élance, je découvre d’étranges sensations, un souffle humide frissonne sur ma peau, l’air tiède me porte ; identique à de l’eau salée. Je ne veux plus redescendre, toujours rester là-haut ».

Si la nuit elle ne prend pas des trains à travers la plaine, elle vole effrontément. Elle, c’est Michèle. Lors de vacances à la montagne, elle découvre un don, celui de pouvoir voler, notamment la nuit. Au début, elle ne maîtrise rien mais au fur et à mesure, elle est plus à l’aise. Le souci, c’est que cela ne passe pas inaperçu ! Arrive le moment où des montagnes de questions se posent (car ce n’est pas tout de se poser sur les montagnes ou sur le crâne d’une statue de la Vierge Marie) : comment vivre en société en étant différente ? Que faire de ce don ? Quelle image renvoie-t-on aux autres ? Car, Michèle devient rapidement une célébrité : elle est l’Ascensionniste, l’objet de tous les rêves que l'on peut faire enfant.  Entre les gens bienveillants et ceux qui veulent en profiter pour s’enrichir, Michèle fait face de plein fouet à la complexité des âmes humaines. C’est sans compter que tout ce remue-ménage affecte sa relation avec son mari Guillaume. Architectes tous les deux, ils ont une vie calibrée au millimètre près : travailler dur, investir ses économies pour s’assurer un avenir. Aucune fantaisie ne vient perturber ce plan de carrière matrimonial. Alors quand Michèle découvre son don, quelle pagaille ! Mais, entre retrouver une vie normale ou profiter (dans tous les sens du terme) de son talent, quel choix faire ? Et s’il existait une troisième voie ?

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui, à travers le rêve de chacun d’entre nous de voler, explore les vicissitudes de notre monde moderne. Michèle se heurte aux carcans de la vie de couple, aux pressions de la société quand une différence, aussi belle soit-elle, apparaît. Quelle est notre part de liberté dans ce monde ? La folie médiatique qui entoure rapidement notre Ascensionniste n’est qu’une chaîne supplémentaire venant l’emprisonner.

Comme toujours, pour faire face, prendre les bonnes décisions, se recentrer, on revient aux essentiels. Pour Michèle, la force est puisée dans l’image du grand-père, un homme en marge à sa manière. Ces passages sur la famille sont d’ailleurs de très belles pages. Les descriptions des vols sont superbes également. Michèle Astrud a l’art de nous faire part des sensations, du contact avec les éléments. Nos sens sont en éveil et nous goûtons à la liberté avec l’héroïne.

J’ai refermé le livre il y a plusieurs jours et pourtant il subsiste encore un écho… Un bien joli roman que je vous conseille de lire. 

Michèle Astrud – La nuit je vole – Aux Forges de Vulcain – 230p