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« Il n'y a pas d'innocence qui tienne, mon jeune ami ! Et dites-vous bien : ce qui importe, ce qui décide de tout, c'est la tactique ! Ce n'est plus de l'imprudence, croyez-moi, c'est de l'impudence que de prétendre à l'innocence devant notre tribunal, si vous voulez bien me permettre d'exprimer la chose en termes mesurés. Il serait beaucoup plus adroit, tout au contraire, de s'avouer coupable et de choisir soi-même le chef d'accusation […] Sans doute, le chemin qui conduit de la culpabilité à l'innocence reconnue est-il un chemin ardu, mais aucunement impraticable ; vouloir conserver une innocence intacte, par contre, est vraiment sans espoir et ne peut guère entraîner que des conséquences catastrophiques. Vous ne risquez plus que de perdre, là où vous aviez des chances de l'emporter ; sans compter qu'en négligeant de choisir vous-même votre culpabilité, vous serez contraint de porter celle qu'on vous imposera ! »

Alfredo Traps roule sur une route nationale au volant de sa Studebaker. Cet homme d’affaire de quarante-cinq ans tombe en panne en pleine campagne. Mu par la flemme et l’envie de s’acoquiner avec des filles, cet homme marié décide de passer la nuit sur place. Les hôtels de la bourgade sont complets mais un vieux monsieur, ancien juge à la retraite, lui offre l’hospitalité.

Ne pouvant refuser l’invitation de son hôte, Traps se retrouve dans une soirée avec deux autres retraités : un ancien procureur et un ancien avocat. Régulièrement, autour d’un dîner très copieux et arrosé, les vieillards s’amusent à organiser de faux procès. Traps accepte ce soir-là de jouer l’accusé. Après tout, toute personne a un petit « crime » à confesser ! Mais Traps prend son rôle bien trop à la légère et rien ne se déroule comme prévu…

Ce récit de Dürrenmatt, qui date de 1958, ressemble un peu à une pièce de théâtre avec une chute pour le moins inattendue. Il invite à la réflexion sur la nature humaine mais aussi sur le sens de la justice et le poids de la culpabilité. Sous ses airs comiques, La panne est un récit assez noir, plutôt bien mené même s’il existe quelques grosses ficelles dans le déroulé du récit. On oscille entre le thriller, la fable et le conte philosophique. Une lecture agréable et un auteur que je découvre avec plaisir.

Friedrich Dürrenmatt (traduit de l'allemand par Armel Guerne) – La panne – Le livre de poche – 125p