Pourquoi-je-n-ai-pas-ecrit-un-film-sur-sitting-bull

« En resongeant à cette jeune fille étrange que j’étais, je me suis aperçue que je la percevais plus comme appartenant à une vie antérieure qu’à ma vie actuelle. La voyais comme une sorte d’aïeule, dont les racines souterraines auraient permis à mes branches de se développer, à mes fruits de mûrir. Presque une étrangère. Lointaine et indéchiffrable, comme une morte qui veillerait encore sur moi, tapie dans l’ombre […].

Et si la clé de tous mes tourments et errements passés était là ? Un chamanisme non diagnostiqué ».

Un roman sur le chamanisme était bien le type de roman sur lequel je ne me serais jamais arrêtée en temps normal. Parce que le sujet ne m’intéressait pas. Parce que le sujet ne me parlait pas. Et puis, j’ai lu la chronique du dernier roman de Claire Barré sur le blog L’Albatros de Nicolas Houguet. Et là je me suis dit essaie, sors des sentiers battus, de ta zone de confort, fais-toi violence. Au mieux tu auras une bonne surprise, au pire tu auras la satisfaction d’avoir tenté une autre lecture. Différente. Originale.

Oui j’ai eu cette lecture différente, originale et j’ai refermé le livre non seulement satisfaire d’avoir osé mais aussi contente d’avoir été séduite par le sujet et par la manière dont l’auteur l’a raconté.

Un samedi, pendant le déjeuner familial, Claire Barré voit apparaître le visage d’un chef indien. Cette vision dure pendant quatre jours. Là où tout le monde pourrait paniquer, Claire Barré cherche à savoir quel est ce visage. Une recherche sur internet lui permet d’apprendre qu’il s’agit du grand chef lakota Sitting Bull. Bien évidemment, cette découverte ne suffit pas à Claire Barré – et on la comprend. Elle se lance donc dans une quête pour expliquer cette vision. La rencontre avec une chamane russe, Elena, lui révèle son don. Elle pourrait prendre cette révélation pour une blague ou ne pas en tenir compte, retrouver une vie « normale », mais non ! Claire Barré veut en savoir plus, découvrir cette capacité. Elle nous raconte ainsi son cheminement personnel, progressif vers le chamanisme avec simplicité, naturel, non dénué de doutes cependant. Nous n’avons pas affaire à un récit farfelu mais à un récit atypique, intime, original et sincère sur une expérience pour le moins extraordinaire. Ce cheminement la conduit à rencontrer, à Rapid City, Ernie LaPointe, le descendant de Sitting Bull mais aussi à faire des « voyages » intérieurs au rythme du tambour.

Que l’on croit ou non au chamanisme, aux esprits, le récit de Claire Barré se lit bien. À aucun moment on se sent à l’écart tant soit peu qu’on ait de l’ouverture d’esprit. C’est aussi un roman sur le questionnement de soi, sur ce que l’on est en tant qu’être humain. La découverte du chamanisme a permis à Claire Barré de comprendre pourquoi elle se sentait différente des autres pendant l’adolescence, pourquoi elle a eu des comportements bordeline. C’est aussi l’occasion de nous parler de sa vie, de ses passions notamment pour la poésie. Enfin, ce récit permet aussi de découvrir ou de redécouvrir la culture amérindienne que l’on connaît si peu en Europe.

Pas de doute, Pourquoi je n’ai pas écrit de film sur Sitting Bull est un roman d’une grande originalité, déroutant au départ mais qui nous montre une auteure sensible et ouverte au monde, à ses beautés mais aussi à ses folies.

Claire Barré – Pourquoi je n’ai pas écrit de film sur Sitting Bull – Robert Laffont – 252p

L'excellente chronique de Nicolas Houguet : 

Pourquoi je n'ai pas écrit de film sur Sitting Bull de Claire Barré

C'était il y a sept ans je crois. Un soir, à Monument Valley. Mon père avait choisi d'engager la voiture de location sur les chemins du parc...

http://www.nicolashouguet.com