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« Du temps où j’étais un Indien, je me demandais à quel moment, à quels signaux de fumée, je saurais que je devrais passer de l’autre côté et descendre dans la plaine. Je regardais l’eau se jeter en cascade au bout du pays. Un torrent devait naître tout en bas. Quand faudrait-il le rejoindre ?

Aujourd’hui, je suis incapable de dater ce grand passage. Il me semble seulement qu’un matin on se réveille adulte dans le regard des autres. On hésite un instant. On ne se sent ni préparé ni volontaire pour le voyage. Mais il y a ce regard, en face, qui nous considère, et puis cette aspiration lointaine, le vent de la plaine que l’on sent pour la première fois sous sa chemise et un petit tas de noyaux de cerises au fond de nous, qui fait un peu mal. Ce qui nous attend est déjà là en pièces détachées. Alors on fait semblant. Cela commence toujours ainsi. On fait semblant d’être grand. Et, dans le meilleur des cas, je crois, on fera semblant toute sa vie ».

Quand un auteur jeunesse fait un livre pour adultes, il nous parle… d’enfance évidemment ! On ne peut pas chasser le naturel et Timothée de Fombelle ne cherche pas du tout à occulter ce qui fait ce qu’il est : un grand enfant. Au contraire, dans ce récit, c’est un véritable retour à l’enfance, à son enfance plus précisément. Ce Peter Pan de la littérature raconte des moments avec ses parents ou dans la maison de ses grands-parents, le tout enveloppé – comme dans un écrin – par des fulgurances métaphoriques voire quasi-philosophiques. C’est beau, c’est doux, ça se déguste comme un bonbon même si, parfois, j’ai eu la sensation d’être plus spectatrice qu’accompagnatrice dans ce retour à l’enfance. Le récit est plus un condensé des souvenirs de l’auteur, comme un journal intime, qu’une invitation à le suivre. Bien sûr, nous pouvons y trouver notre compte et faire appel à nos propres souvenirs en le lisant. L’essentiel du message passe : notre vie est une passerelle où l’on fait de nombreux allers-retours entre le nous enfants et le nous adultes.

Timothée de Fombelle – Neverland – L’Iconoclaste – 125p