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« Je veux vivre. Je veux peindre. Je veux être moi ».

Si tout le monde connaît Amedeo Modigliani, qui connaît véritablement Jeanne Hébuterne sa dernière compagne ? Elle a pourtant été le modèle du maître et a été elle-même artiste. Quelques photos d’elle subsistent et quelques œuvres (introuvables car détenues par la famille) mais l’histoire de Jeanne Hébuterne s’est effacée derrière le célèbre italien. Olivia Elkaim, avec beaucoup de finesse et de talent, a su redonner une place à la femme, à l’artiste et à l’amoureuse qu’elle a été.

«Hier soir je suis tombée amoureuse d’Amedeo Modigliani». C’est avec cette première phrase qu’Olivia Elkaim nous plonge dans les trois dernières années de vie de « Jeannette ». Elle a tout juste dix-huit ans quand, en décembre 1916, elle rencontre « Modi » à l’académie Colarossi où elle étudie la peinture. Fille d’une famille bourgeoise catholique, sa rencontre avec le pauvre, étranger, extravagant et juif Modigliani a tout pour inquiéter ses parents et son frère, l’intransigeant et obscur André. Mais l’attraction est la plus forte. D’un milieu protégé, Jeanne Hébuterne va s’extraire pour choisir une vie de liberté et de passion… ce qui la mènera dans le tragique. Elle découvre ainsi le milieu artistique, exubérant, alcoolisé et drogué du Paris de Montparnasse. Les descriptions de ce milieu et de la relation entre Jeanne et Modi sont empreintes d’une très grande sensualité. J’ai souri aussi aux réparties de Chaïm Soutine, l’ami de Modi, personnage haut en couleur. Mais, bien évidemment, Olivia Elkaim n’occulte rien de la part d’ombre de Modigliani : ses infidélités, ses fuites, ses changements d’humeur, ses doutes artistiques et ses folies. Elle n’occulte rien non plus des peines de Jeanne, de sa relation malsaine, quasi-incestueuse avec son frère ou encore de ce monde de la fin des années 1910 où règne la guerre et l’antisémitisme.

Olivia Elkaim a su se glisser à merveille dans la peau de Jeanne. Nous avons vraiment l’impression, à la lecture, que c’est elle qui nous parle. L’auteure a su s’effacer derrière son héroïne, lui redonner vie. L’écriture, très fluide, renforce cette impression de vie et de proximité avec l’héroïne et rend la fin tragique du couple d’autant plus rude.

Vous avez là un magnifique roman, que j’ai lu d’une traite et qui mérite d’être davantage connu dans cette jungle de la rentrée littéraire. Laissez-vous porter par cette histoire.

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Photo anonyme de Jeanne Hébuterne et tableau de Modigliani la représentant.

Olivia Elkaim – Je suis Jeanne Hébuterne – Stock – 248p