Grosse claque ! – rentrée littéraire 2017

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« Comment le monde pourrait-il continuer à être si je ne suis plus ? Il ne peut pas me survivre, n’est-ce pas ? Si je meurs, le réel meurt, vous mourez tous […] Là, en devenir-parquet, devenir-barrière, je ne sais pas si j’ai peur, je ne prie pas, mais je ne veux pas mourir, c’est certain.

Je veux ne pas mourir ».

Erwan Larher, je ne le connaissais pas avant une rencontre en décembre 2016 organisée par les 68 premières fois. Je n’avais jamais lu un de ses livres et c’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis abstenue de lui parler pendant cette soirée, ne sachant pas ce que j’aurais pu lui dire. Pour autant, j’ai capté les conversations (oui je ne parle pas mais j’écoute beaucoup en loucedé) et j’ai su ainsi qu’il était un rescapé du Bataclan et qu’il travaillait justement sur ce Projet B lié à cette « mésaventure ». Je m’étais défendue jusqu’à aujourd’hui de lire le moindre témoignage, livre sur le Bataclan, sur les rescapés ou familles de victimes. Mais, en l’écoutant ce soir-là, en insistant sur la vision des gens de l’extérieur dans son projet, j’ai su que j’aurais envie de le lire.

Août 2017, le livre est entre mes mains, enfin. Une fois commencé, je n’ai pas pu le lâcher. La lecture a pourtant été âpre, en apnée et je suis ressortie complètement groggy. C’est un récit sensible, touchant, qui donne mal au bide quand il décrit l’attaque, qui surprend aussi quand il tente de se mettre à la place des terroristes. La narration volontairement au « tu » permet une mise à distance entre lui et le récit. Peut-être parce que c’est plus facile à écrire qu’avec le « je ». Peut-être parce que ce récit pourrait aussi être fait par une autre victime, un autre rescapé du Bataclan. Peut-être aussi pour m’inclure en tant que lectrice, en tant que citoyenne ayant vécu à ma façon le Bataclan. Car, si Erwan Larher a voulu « écrire autour » du Bataclan, s’il a voulu en faire un « objet littéraire », c’est aussi parce qu’il a pris conscience qu’au-delà de son drame personnel – que nul ne peut se représenter – il y a toute une dimension collective de cette nuit-là. Je me souviens très bien de cette soirée, hypnotisée par BFM TV. Je me souviens d’avoir envoyé des SMS à mes proches pour m’assurer qu’ils allaient bien. Je me souviens aussi d’avoir été prise de tremblements terribles. Mes dents claquaient et je me suis blottie dans une couverture polaire alors que c’était une belle soirée douce où on pouvait presque sortir sans veste. J’ai ressenti de la peur, pourtant à l’abri chez moi, et cette peur me donnait froid.

Pour autant, le « je » absent en tant que pronom ne l’est pas en tant qu’individu. Erwan n’occulte rien de son vécu lors de cette tragédie : les HURLEMENTS, l’odeur du sang et de la poudre, cette personne qui lui tenait le mollet pendant qu’il « faisait le mort ». Après être sorti de la salle, à l’hôpital, nous découvrons toutes ses peurs, ses attentes, sa culpabilité de n’avoir pas su penser à ses proches pendant l’attaque, ses larmes, ses douleurs.

Si je devais résumer ce récit par un premier mot, ce serait le mot VIE. La vie plus forte que tout, celle à laquelle il se raccroche en se déconnectant pendant l’attaque : « Je suis Sigolène, je suis un caillou ». La vie sauvée grâce à ceux qui consacrent justement leurs vies à sauver des vies : les secouristes, le personnel médical et paramédical. La vie qui fait qu’Erwan finit par avoir plus peur de ne plus bander que de faire des cauchemars. Sa peur de ne pas pouvoir rebander est évoquée plusieurs fois et cela m’a fait sourire parce que c’est une preuve qu’il est tourné à ce moment-là vers son avenir et plus sur ce qu’il a vécu. Et puis... si la vie avait volontairement mis cette épreuve sur son chemin pour en donner un nouveau sens ? Diabolique Lachésis qui a joué la vie d'Erwan sur un fil mais lui a permis de rebondir avec un optimisme ravageur !

Si je devais aussi résumer ce récit par un second mot, ce serait le mot AMOUR. Ce mot clôture d’ailleurs le livre grâce au récit de Loulou Robert, « l’amoureuse ». L’amour transpire par tous les pores de l’ouvrage à travers le récit d’Erwan mais aussi celui de ses proches dans ces témoignages « Vu du dehors ». Que ce soit des membres de sa famille ou ses amis, chacun raconte son vécu de cette nuit du 13 novembre et l’attente de ses nouvelles. Erwan a une chance folle d’être entouré de gens qui l’aiment profondément et qui lui ont aussi sûrement donné la force de se rétablir physiquement et moralement. Cette bulle d’amour distillée dans le livre permet de rendre la lecture moins rude et surtout montre que l’horreur, même la plus absolue, ne pourra jamais enlever cet essentiel.

Vive la vie, vive l’amour : « Assimilé. Digéré. Disjoncteur réenclenché, la vie continue »...

Ne passez pas à côté de ce livre !

Erwan Lahrer – Le livre que je ne voulais pas écrire – Quidam éditeur – 260p