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« Les vingt hommes qui ont émergé de l’obscurité lèvent les canons de leurs armes, ceux qui poussent les petits chariots recommencent à marcher et ceux qui viennent d’autres terres font résonner encore plus fort le grincement de leurs mille dents apeurées.

Quand tous ont rejoint leur position, Estela communique un nouvel ordre à ses gars en sifflant pour la première fois. La première rafale de coups de feu éclate alors et ceux qui ont passé des jours à marcher tombent à terre, vomissant des paroles que leurs bouches expulsent toutes crues ».

Dans ce roman organisé en trois livres (Epitafio, Estela, les fils de la forêt) entrecoupés d’intermèdes, nous suivons les convois des trafiquants de migrants dans les montagnes mexicaines. Nous suivons notamment deux trafiquants, Epitafio et Estela, ainsi que leurs comparses. Ces migrants que l’auteur appelle aussi les sans-noms ou les sans-dieu font face à la terreur, à la violence absolue : l’humanité n’existe plus, c’est l’enfer. Pour appuyer cette violence, Emiliano Monge n’hésite pas à utiliser une langue crue, dure, très souvent vulgaire notamment dans les dialogues des trafiquants. En parallèle, il utilise aussi des passages de Dante et de vrais témoignages de migrants. Ce mélange est surprenant mais assez efficace. Cette violence n’existe pas que pour les migrants, elle est valable aussi pour les trafiquants. L’auteur nous montre que ces derniers sont sans foi ni loi même entre eux : élevés dans la violence, ils ne connaissent rien d’autre. Ils sont comme des morts-vivants à l’image de leurs noms tous hérités du funéraire. L’histoire d’amour entre Epitafio et Estela peut sembler incongrue voire improbable dans le récit face à cette horreur.

Cependant, si le propos et le thème sont forts et font écho aussi à la situation des migrants en Europe, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans cet univers noir. J’ai été trop souvent perdue dans les propos de l’auteur - notamment dans la juxtaposition de dialogues parfois décousus et une omniprésence de surnoms - pour « profiter » pleinement de la lecture. C’est bien dommage d’autant que la traductrice semble avoir fait un sacré boulot pour restituer ce récit. Je suis passée complètement à côté. Je vous conseille ce roman que si vous avez le cœur accroché et l’esprit alerte sinon passez votre tour.

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Emiliano Monge (traduction de l'espagnol par Juliette Barbara) – Les terres dévastées – Philippe Rey – 345p

 

Chronique faite dans le cadre des Explorateurs de la rentrée littéraire chez lecteurs.com : 

Les terres dévastées

Au fond de la jungle mexicaine, des projecteurs s'allument en pleine nuit: un groupe de migrants, trahis par leurs passeurs, est pris d'assaut par des trafiquants. Certains sont exécutés; les...

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