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« Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal. Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit. Méfiance, l’homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes ».

Qui ne connaît pas Josef Mengele ? Qui ne connaît pas « l’ange de la mort » d’Auschwitz, ce médecin nazi qui a multiplié les expériences médicales dans le camp notamment sur les jumeaux ?

Mais, qui connaît véritablement sa vie d’après-guerre, sa fin ? Peu de monde finalement car il est assez rare d’avoir des récits ou témoignages sur les nazis après la guerre. Olivier Guez nous permet de découvrir cette facette cachée de l’histoire des nazis à travers la fuite de Mengele de 1949 à sa mort en 1979.

Aux aguets, en danger, Josef Mengele quitte l’Allemagne en juillet 1949 pour rejoindre l’Argentine péroniste. Il vivra plus tard au Paraguay et au Brésil grâce à une successions de fausses identités et des aides de nazis aussi bien sur place qu’en Allemagne.

À travers cet homme, Olivier Guez apprend beaucoup au lecteur sur la géopolitique d’après-guerre, les réussites et surtout les failles de la traque internationale des nazis : les dictatures d’Amérique latine très complaisantes, le retour à la prospérité de grandes familles industrielles allemandes qui ont œuvré pour le nazisme, le rôle du Mossad dans les traques, le rôle parfois ambigu de la RFA… L’homme a su ainsi passer tout au long de sa vie à travers les mailles du filet avec une traque de moins en moins soutenue au fil des décennies – au point d’avoir même pu réutiliser sa vraie identité ! Cette description minutieuse du contexte d’après-guerre a été permise grâce à un gros travail de documentation par l’auteur.

L’autre aspect important du récit est la description de la personnalité de Josef Mengele : mégalomaniaque, manipulateur et d’une grande perversité, il pose souvent problème à ceux qui l’aident ou l’hébergent – au point de les tenir en otages. Olivier Guez fait un portrait sans concession, avec un langage cru qui reflète bien le personnage, d’un gros salaud qui n’aura à aucun moment le moindre regret, même lors de la visite de son fils Rolf en 1977… qui écourte d’ailleurs son séjour tellement il est écœuré…

Malgré tout, il n’est à aucun moment dénoncé, vendu par ses pairs, par sa famille, au point que personne ne croit à son décès par noyade en 1979 ! Un parcours étonnant, révoltant, mené tambour battant, à mi-chemin entre le roman et l’essai historique que je ne peux que vous conseiller de lire !

Olivier Guez – La disparition de Josef Mengele – Grasset – 240p

Ouvrages cités dans les sources et bibliographie par l'auteur : 

" Enfants de nazis " de Tania Crasnianski - LES LECTURES DU MOUTON

" Il est fondamental que la mémoire du nazisme fasse l'objet d'une transmission complète. L'horreur peut se reproduire sous une forme différente, la montée des nouveaux extrémismes en est la preuve. " Comment vit-on quand on est un enfant d'un bourreau du nazisme ?

http://www.leslecturesdumouton.com
" Le tort du soldat " d'Erri De Luca - LES LECTURES DU MOUTON

" Je me suis décidée à écrire cette histoire pour ceux qui pourront la comprendre mieux que moi. J'espère qu'un lecteur me l'expliquera un jour. Celui qui est partie prenante de l'aventure reste empêtré dedans. Il a besoin d'une main secourable qui la lui démêlera de l'extérieur ". Lui, est italien.

http://www.leslecturesdumouton.com