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« Il faut avoir une force terrible pour supporter de lire un seul poème. Aller au-devant d’une phrase comme au-devant de sa propre mort. Accepter de n’être plus protégé par rien et recevoir le coup de grâce d’une parole claire en son obscurité ».

« La poésie on ne sait pas ce que c’est, mais on la reconnaît quand on la rencontre ». Cette phrase du poète Jean L’Anselme résume parfaitement mon opinion sur ce nouvel ouvrage de Christian Bobin. C’est de la poésie, de la belle poésie sans nul doute, mais difficile à expliquer. Je vais malgré tout tenter de vous donner un peu de mon ressenti et des intentions de l’auteur.

Avec Un bruit de balançoire, Christian Bobin réunit plusieurs lettres qu’il a d’abord écrites à la main. Au début de l’ouvrage, nous avons d’ailleurs une de ses lettres en écriture manuscrite. Ces lettres, courtes, sont adressées à différents interlocuteurs : des disparus, un nuage, un bol, un escalier d’enfance… Par ce procédé, Christian Bobin cherche à lutter contre la disparition de l’écriture manuscrite, de la correspondance. L’idée est finalement de valoriser un art qui se perd et qui pourtant révèle toute une humanité : le geste d’écrire est comme une preuve d’attention et d’affection. Bien évidemment, tout le talent de Bobin est de réussir à faire de ces lettres de petits bijoux de poésie : « La vie écrit au crayon. La mort passe la gomme. Le poème se souvient. Personne n’a meilleure mémoire qu’un poète ».

Dans ce recueil de lettres, Christian Bobin s’est beaucoup inspiré de Ryokan. Ce moine japonais des XVIIIe et XIXe siècles était lui-même poète mais aussi calligraphe : on en revient toujours à l’importance de la main qui écrit. Bien évidemment, comme la plupart des œuvres de Bobin, on retrouve le côté sacré et spirituel mais pas au sens religieux. Pas de dogme, pas d’enfermement : le sacré est l’élévation de l’âme et une force libératrice. Enfin, la musique tient une place également importante, que ce soit la musique de la nature ou celle de Jean-Sébastien Bach (notamment L’art de la fugue).

Ce bref recueil a su, comme toujours avec Bobin, me toucher. Il invite à la contemplation et à continuer à écrire… à la main !

« L’écriture doit venir nous chercher où nous sommes, nous sortir de la tombe de nos vies, faire revenir dans nos veines le sang vieil or de l’amour ».

Christian Bobin – Un bruit de balançoire – L’Iconoclaste – 100p

Du même auteur : 

" Noireclaire " de Christian Bobin - LES LECTURES DU MOUTON

C'est un livre surprenant tant sur sa forme que sur le fond qui attend le lecteur qui plonge dans le dernier Christian Bobin. Sur la forme, Gallimard a choisi un format élargi de sa collection blanche pour servir d'écrin à un texte très aéré. Il est fréquent que des pages recueillent une seule ligne.

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