Coup de cœur – rentrée littéraire 2017

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« J’étais quelque part entre l’enfant normal et l’enfant handicapé. Il n’existait pas de case pour les gens comme moi. La nature ne m’avait pas prévu, la société ne m’avait pas prévu, la médecine ne m’avait pas prévu et mes camarades ne m’avaient pas prévu. Ils devaient apprendre une nouvelle règle. Est-ce que j’étais à porter au pinacle ou à mettre au clou ? C’est ce qu’ils semblaient se demander avec leurs petites têtes toute décoiffées. Plus j’y réfléchis plus je me dis que c’était exactement cela : j’étais dans un ‘no man’s land’ entre le clou et le pinacle ».

Quand on sort un premier roman, c’est souvent une grande excitation. On se lance dans le bain et on espère convaincre un bon nombre de lecteurs. Quand le succès est là, on s’en félicite mais en même temps cela peut inhiber l’écriture, créer le doute ou engendrer l’appréhension pour la sortie du second roman. Je ne sais pas si Gilles a eu des doutes, a appréhendé cette nouvelle sortie mais je peux affirmer une chose : il nous régale une fois de plus avec une superbe histoire et une écriture maîtrisée.

Comme beaucoup de blogueurs, de lecteurs et de libraires, j’ai été profondément touchée par Une bouche sans personne, lu dans le cadre des 68 premières fois (vous pouvez retrouver le lien sous cette chronique), et j’espérais un second roman qui m’emporte autant. L’essai est plus que transformé : j’ai été vraiment happée par cette histoire à la fois drôle, absurde, réaliste et touchante.

Un petit garçon naît avec un handicap : il a un violon dans la tête et personne ne sait quelles conséquences cet instrument aura sur la vie de l’enfant. Surnommé Stradi en référence au fameux Stadivarius, le petit garçon, puis le jeune homme qu’il devient, doit faire face aux regards des autres d’autant plus qu’il a une autre particularité : il sait parler aux oiseaux. Heureusement, l’amitié est au rendez-vous avec son complice Max, un féru de musique et handicapé lui-aussi, mais aussi l’amour avec Lélie… Nous suivons ainsi étapes par étapes la vie de Stradi, son rapport au handicap et ses relations avec ses proches.

Gilles Marchand a réussi dans ce roman à retranscrire avec beaucoup de justesse et de sensibilité la vision du handicap et de son ressenti. Certaines scènes serrent le cœur et d’autres sont enlevées voire très drôles : sacré tour de force ! J’ai été sensible notamment au père de Stradi, un homme haut en couleur qui passe sa vie à créer des inventions ou à se trouver de nouvelles lubies. Mais, derrière cette façade un peu folle, se cache un homme qui cherche l’échappatoire, tellement impuissant face à la maladie de son fils.

Tout l’univers absurde, farfelu qu’on avait déjà dans le premier roman se retrouve avec plaisir dans ce nouvel opus : on croise un demi-chien, des attrapeurs d’idées en l’air, un plombier attachant qui fait du porte à porte. Bien entendu on pense à Boris Vian, à Romain Gary quand on lit mais ce n’est pas une simple et pâle imitation mais véritablement l’univers propre à Gilles Marchand et qu’il déploie davantage dans ce funambule. La fantaisie et la poésie sont ainsi au service d'un thème fort.

Les fans de la musique des années 60/70 vont apprécier fortement les nombreuses références glissées dans le roman : The Beatles, The Turtles, The Beach Boys… Je ne peux que vous conseiller d’écouter ces morceaux tout au long de votre lecture. Je ne vous parle même pas des références littéraires, nombreuses elles aussi.

Bref, vous l’aurez compris, je suis fan et je suis heureuse de voir Gilles poursuivre son œuvre d’une aussi belle façon. Il me tarde déjà de lire le prochain – non non je ne mets pas la pression… 😊

Gilles Marchand – Un funambule sur le sable – Aux forges de Vulcain – 360p

 

Du même auteur : 

" Une bouche sans personne " de Gilles Marchand - LES LECTURES DU MOUTON

" J'ai un poème et une cicatrice. De ma lèvre inférieure jusqu'au tréfonds de ma chemise, il y a cette empreinte de l'histoire, cette marque indélébile que je m'efforce de recouvrir de mon écharpe afin d'en épargner la vue à ceux qui croisent ma route.

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