Coup de cœur – rentrée littéraire 2017 

20170816_124633

« Mais la forêt n’a jamais perdu ses propres règles, son propre règne, son ventre de nuit sauvage. Elle est restée le souffle archaïque de nos cycles, l’haleine musquée de nos origines, la reine ombragée du vivant, la ruade. Nous nous sommes tenus à l’écart pour inventer nos propres nuits, nos propres lois de bêtes orphelines, nos merveilles, nos désastres, nos propres dieux et nos propres monstres, sans jamais cesser de la craindre avec vénération. Elle est alors devenue de refuge de ceux qui se refusaient à l’homme et de tous ceux que l’homme refusait. Elle est l’autre camp. Le camp des autres ».

Il me tardait de retrouver la plume de Thomas Vinau et son univers poétique. Pour ce Camp des autres, l’idée a commencé à germer en 2013. Marqué par la déclaration du ministre de l’Intérieur de l’époque sur l’incapacité des Rrom à s’adapter à nos modes de vie, Thomas Vinau a eu envie d’écrire sur l’« image de l’indigence unifiée qui se rebiffe ». Cette envie a été accentuée par l’avènement des attentats. Le matériau littéraire à ce projet, l’auteur le trouve dans l’histoire de la Caravane à pépère. Ce groupe de nomades hétéroclites (bohémiens, déserteurs, évadés…) mené par Jean Capello a sévi sur les routes de France entre 1906 et 1907. Nous sommes en pleine crise sécuritaire en ce début du 20e siècle et l’État déploie des moyens pour rassurer la population : c’est à ce moment-là que naissent les Brigades du Tigre de Clemenceau.

Dans ce magnifique roman, nous suivons les péripéties d’un jeune garçon, Gaspard, accompagné de son chien. Nous les retrouvons errants dans la forêt au début du récit – sans trop savoir avec exactitude pourquoi – et nous les regardons survivre aux dangers des lieux. Le garçon est finalement recueilli par un certain Jean-le-Blanc qui trafique avec des membres de la caravane. Poussé par la curiosité et l’envie de liberté, le garçon finit par les suivre dans leur parcours à travers la France…

Comme d’habitude, l’écriture, la langue sont tout simplement sublimes. C’est poétique et viscéral. Voici quelques exemples frappants :

« Le givre fait gueuler la lumière »

« Entre les arbres une brume de printemps trempe le jour qui se lève »

« Un feu, c’est comme une famille. Ça te brûle la peau et te chauffe l’échine. La lumière toute parsemée d’obscurité s’écroule en pluie grise. La nuit arrive comme de la neige sur un pré »

« La clarté que l’on nous refuse nous la volerons avec le feu ».

Cette beauté dans le style sert à la perfection ce fond engagé qui ne peut que faire écho à notre monde d’aujourd’hui, un monde où règne le terrorisme mais aussi les migrations. Il se dégage ainsi une profonde humanité qui ne peut laisser de marbre le lecteur et Thomas Vinau offre une véritable ode à la liberté. Je vous le recommande +++

Thomas Vinau – Le camp des autres – Alma éditeur – 195p