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« La question s’est imposée d’elle-même : pourquoi moi ?

Les images se bousculent : les lunettes du myope, le pull jacquard informe, l’élève tête à claques, les trop bonnes notes, les gestes de fille. La question se justifie.

Il dit : parce que tu n’es pas du tout comme les autres, parce qu’on ne voit que toi sans que tu t’en rendes comptes.

Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable : parce que tu partiras et que nous resterons ».

Arrête avec tes mensonges était la phrase que la mère de Philippe Besson lui disait souvent car il aimait inventer des histoires, être dans son monde. Mais, aujourd’hui, avec ce récit, c’est cette phrase que s’ordonne Philippe Besson à lui-même : arrêter de mentir sur sa vie, sur ses romans. En ouvrant ce livre autobiographique, on entre dans l’essence même de son œuvre, à son origine.

En dédicace, nous pouvons lire ceci : « A la mémoire de Thomas Andrieu (1966 – 2016) ». Qui connaît un peu l’œuvre de Philippe Besson est surpris par ce nom car il est celui du héros de son roman Son frère. Un autre Thomas avait investi aussi son travail : Thomas Spencer… Ce qui aurait pu être une coïncidence n’en est pas une. Pendant des années, Philippe Besson a caché l’homme qui a été son premier amour, son grand amour et sa principale source d’inspiration. Aujourd’hui, dans un roman intimiste et finalement pudique, il dévoile tout.

Bordeaux en 2007. Philippe tombe par hasard sur un homme. Il est stupéfait par la ressemblance avec une personne qu’il n’a pas revu depuis plus de vingt ans… vingt-trois ans pour être exact… les souvenirs remontent à la surface.

Nous sommes à Barbezieux en 1984. Philippe Besson a tout juste 17 ans et effectue sa Terminale C. Il a conscience d’être un adolescent agaçant avec une tête de bon élève, ses pulls jacquard et ses cheveux bouclés. Il sait déjà qu’il est différent de ses autres camarades, qu’il aime les garçons. Il est attiré par un autre Terminale, Thomas Andrieu. Entouré de filles, Philippe pense ne jamais réussir à attirer son attention. Et pourtant, un jour, en fin de récréation, il vient le voir et lui propose un rendez-vous. Une relation charnelle débute, passionnée mais clandestine. La passion est d’autant plus forte qu’elle est courte.

Philippe Besson n’arrivera jamais à oublier cet homme, leurs instants et à se poser des questions : pourquoi cette relation ? Pourquoi lui ? Pourquoi cette séparation ? Pourquoi ne pas réussir à tourner entièrement la page ? À travers son expérience, l’auteur nous montre toute la puissance des premiers émois, des passions qui bouleversent une vie, que l’on soit hétéro ou homosexuel. Qui n’a pas connu un amour, une passion ou une fugace relation charnelle qui a laissé des traces ?

Au-delà du caractère cathartique du récit, Philippe Besson nous montre aussi la difficulté de vivre son homosexualité dans ce début des années 80 où le Sida commence à peine à faire ses ravages, où toute une communauté connaîtra une véritable hécatombe mêlant la mort physique à une mort sociale d’exclusion. L’auteur, à travers la vie de Thomas Andrieu après leur passion, nous montre aussi la force du déterminisme social : Thomas savait qu’il resterait un homme de la terre mais que Philippe réussirait à s’émanciper.

Parce que ce récit est sincère et que chacun peut s’y retrouver, on ne peut qu’être bouleversé. Personnellement, j’ai été très émue.

 

Philippe Besson – Arrête avec tes mensonges – Julliard – 200p