20170527_155543

Prix Orange 2017

 

prixorange

 

« S’appuyant à peine sur ses questions, le vieux docteur survola les épisodes que la grande Histoire et la chronique familiale avaient déjà portés à la connaissance de la jeune femme, pour s’arrêter davantage sur les chapitres en relation avec Haïti. Il prit soin toutefois de commencer par le commencement, à savoir le rôle qu’avait joué De l’égalité des races humaines dans sa vie et, d’une certaine façon, celle de la tribu Schwarzberg. Tout était parti de ce livre rapporté à la maison par oncle Joe, à une époque où lui, Ruben, n’avait pas encore vu le jour, un livre dont sa sœur Salomé s’était inspiré pour lui donner son prénom. C’était par là qu’il fallait commencer ».

Je suis toujours avec une très grande attention la sélection du Prix Orange et notamment les cinq finalistes. C’est ainsi que je suis tombée sur ce roman que j’ai commencé à lire juste avant qu’il remporte ce prix ainsi que celui de France Bleu – Page des libraires. Une fois de plus, j’ai constaté la grande qualité du gagnant.

Janvier 2010. Haïti est frappée par un tremblement de terre. Venue aider les secours, Deborah, la petite-nièce du docteur Ruben Schwarzberg, débarque sur l’île. C’est l’occasion pour le vieux Ruben de raconter sa vie, une incroyable épopée qui révèle un fait historique méconnu du grand public : le rôle d’Haïti dans l’accueil des réfugiés juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Né en Pologne en 1913, Ruben passe son enfance à Berlin où il découvre l’horreur de la nuit de Cristal du 9 novembre 1938. Cet épisode signe la volonté d’exil de toute la famille. Certains vont en Amérique, d’autres en Palestine. Ruben lui se retrouve interné à Buchenwald. Libéré quelques semaines plus tard, il tente de rejoindre Cuba au bord du Saint Louis. Refoulé, il atterrit à Paris où il rencontre la poétesse haïtienne Ida Faubert qui lui permet d’accéder grâce à un passeport l’île d’Haïti où il finit par faire sa vie.

J’ai aimé découvrir cette vie d’exil où l’horreur côtoie l’humanité, le solitude les rencontres et l’espoir les désillusions. Je suis en général assez fan des petites histoires dans la grande Histoire même si, pour ce roman, Louis-Philippe Dalembert a réuni plusieurs histoires vraies différentes pour forger le destin de Ruben. Certains moments sont savoureux comme ceux sur son statut de célibataire à marier, permettant de donner une respiration à un récit parfois un peu trop sombre. Petit bémol cependant : je regrette que la partie sur Haïti soit un peu trop vite expédiée par rapport aux autres épisodes de la vie de Ruben. J’aurais aimé en savoir davantage sur cette communauté juive sur l’île. Je suis donc restée un peu sur ma faim.

Malgré ce bémol, je me suis laissée porter par les propos de l’auteur. Il y a incontestablement un ton vif et une belle langue, ponctuée d’expressions et de personnages hauts en couleur.

Un très beau roman qui mérite ce prix Orange, même si j’ai personnellement voté pour Cécile Coulon.

 

Louis-Philippe Dalembert – Avant que les ombres s’effacent – Sabine Wespieser – 290p