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« Le courrier que tu reçois s’entasse dans l’entrée, je ne me résous pas à le jeter. On te propose des abonnements à des journaux, une aide auditive, une convention obsèques. Tu as gagné un voyage, un four à micro-ondes et une tablette numérique, tu aurais dû rester. Ta veste est accrochée au portemanteau, tes bottes aux dessins psychédéliques sont dans l’entrée avec les nôtres. Tu t’approvisionnais chez les commerçants sans faire de jaloux, avec équité, tu achetais ton pain chez les deux boulangers, tes livres aux trois libraires, faisais tes courses dans les trois grandes surfaces. Tu es partie fin octobre, tu paieras des impôts sur dix mois. J’ai envoyé à la Sécurité sociale la feuille de maladie du confrère qui a constaté ton décès. Tu as reçu, à ton nom, un courrier stipulant que ta Sécu ne prendra pas cette visite en charge puisque tu es morte ».

Et voilà encore un ouvrage qui m’avait été chaudement recommandé par une amie (qui se reconnaîtra aussi). Nous étions toutes les deux au salon du livre de Paris et elle m’avait dit qu’elle tenait absolument à voir Lorraine Fouchet. Elle avait adoré Entre ciel et Lou et souhaitait à tout prix prendre son nouveau roman et avoir une dédicace. Comme je suis une faible femme et que mon amie avait su me communiquer son enthousiasme, j’avais décidé de m’acheter ce fameux Entre ciel et Lou. Nous avions eu d’ailleurs un moment mémorable, les stylos de Lorraine ne voulant pas terminer ma dédicace (je pense que trois ou quatre stylos sont morts par ma faute).

Et… je ne peux que rejoindre mon amie dans son enthousiasme. J’ai été charmée par ce roman choral, tendre et profond qui ne tombe jamais dans le mélo et qui a pour toile de fond l’île de Groix.

L’histoire s’ouvre sur l’enterrement de Lou morte à 56 ans d’une maladie dégénérative. Bien qu’absente physiquement, elle est omniprésente dans le récit, aussi bien dans le cœur de sa famille, par les conséquences de son décès sur celle-ci que dans la narration puisque Lou est l’un des personnages qui prend la parole.

On découvre ainsi toute la famille de Lou. Il y a tout d’abord Jo, son mari (qu’elle appelait son piroche) puis ses enfants Sarah (handicapée) et Cyrian (médecin ayant fui l’île de Groix). On suit aussi Albane, la femme de Cyrian, mère possessive de la petite Charlotte et enfin la dégourdie Pomme, fille aînée de Cyrian qu’il a eu avec une insulaire. Chacun des personnages a ses fêlures, ses rancœurs nourris souvent par des non-dits. Lou charge Jo dans son testament de trouver les problèmes et de les résoudre. Il doit devenir le ciment de la famille qu’elle ne peut plus être. Sacré défi pour Jo qui a été souvent un père absent et qui doit lui aussi affronter la perte de sa femme.

Le récit coule tout seul. Je me suis prise de passion pour cette famille imparfaite mais où l’amour est présent… juste bien caché mais ne cherchant qu’à se révéler. Un roman qui fait un bien fou. Et puis, quel bel hommage pour l’île de Groix !

 

Lorraine Fouchet – Entre ciel et Lou – Le livre de poche/Héloïse d’Ormesson – 380p