Leiloona organise chaque semaine des ateliers d'écriture. Tous les mardi/mercredi, elle met en ligne sur son blog une photo qui doit permettre d'éveiller l'imagination et mettre ainsi en place un processus d'écriture. Les participants doivent ensuite fournir un texte le dimanche soir qui suit. Le lundi matin, Leiloona les publie ou met les liens des différentes participations. 

church

©Emma Jane Browne

Je ne suis pas revenue dans cette église depuis ce dimanche-là. J’avoue que cela ne m’a pas manqué mais je n’ai pas le choix de venir pour t’y trouver. Le lieu est d’un tel calme que je me sens limite mal à l’aise. Seul un fidèle peuple ce lieu, contrastant avec la foule que j’avais pu voir lors de cette messe. Je pense que nous devions être près d’une centaine. Je ne sais pas si c’était beaucoup ou pas, je n’avais jamais eu pour habitude de venir en ces instants-là. La plupart des fidèles étaient âgés, au moins la soixantaine, même si quelques familles étaient présentes. L’Église n’arrive toujours pas à conquérir de nouvelles ouailles ou alors celles-ci préfèrent la douceur et la chaleur d’une grasse matinée.

J’avais réussi à entrer dans l’église sans que tu me remarques et je m’étais installée au dernier banc, sur le côté, pour mieux observer la foule et ton prêche. Si les lectures m’avaient laissée de marbre, j’avoue que j’avais été assez emportée par la ferveur des chants de l’ecclésia qui auraient pu arracher des larmes aux Chérubins et Séraphins. Mais, je n’avais pu que sourire lors de l’acte pénitentiel : « Préparons-nous à la célébration de l’eucharistie en reconnaissant que nous sommes pêcheurs ». Oh oui, pauvres brebis égarées que nous sommes ! Nous sommes de grands pêcheurs et certains plus que d’autres. 

Puis, j’avais attendu ce moment avec impatience : « Qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité ». Oui, j’attendais avec ferveur cette communion, l’apogée de mon plan. J’avais attendu patiemment mon tour. Je m’étais ensuite agenouillée devant toi, comme j’avais pu le faire maintes fois auparavant. J’avais levé la tête pour te regarder et je t’avais vu blêmir. Je n’avais pu que sourire en t’observant puis j’avais ouvert la bouche pour attendre l’hostie consacrée. D’une main tremblante et d’une voix hésitante, tu avais fini par déposer le corps du Christ sur ma langue. Communion de l’esprit qui ne pouvait que me rappeler la communion des corps où tu avais une mine bien plus réjouie. Je m’étais aussitôt échappée de l’église avant même l’Envoi et ne t’avais plus donné signe de vie pendant des semaines, comme tu le souhaitais.

Aujourd’hui, je reviens et tu ne le sais pas encore. Je ne peux résister. J’attends que le fidèle parte pour venir te surprendre. Je sais que tu vas souvent dans la crypte. Je descends t’y rejoindre. Tu te retournes et t’apprête à dire quelque chose mais je ne t’en laisse pas le temps. Je fais glisser ma robe à mes chevilles. Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Tu te précipites pour venir me recouvrir. Je fais semblant de me débattre. Une fois la dernière bretelle remise sur mon épaule, tu me fais un baiser sur le front puis dépose quelque chose dans ma main. Il s’agit d’une clé, ta clé. Tu me souris et je repars. Je vais t’attendre chez toi, comme je l’ai fait si souvent et comme finalement nous continuerons encore pendant quelques temps.

« Agnus Dei, qui tollis peccáta mundi, miserere nobis. »

« Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, aie pitié de nous. »

©Virginie Vertigo