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Jesmyn Ward, dite Mimi, est une jeune romancière américaine prometteuse, vue comme l’héritière de Toni Morrison. Dans ses romans, elle avait déjà évoqué son enfance difficile au cœur du Mississippi mais là, dans Les moissons funèbres, plus de romans mais un récit autobiographique abordant des thèmes et surtout des personnes qui lui sont chères. En l’espace de quatre ans, elle perd cinq jeunes hommes qui lui sont proches : des amis, de la famille notamment son frère Joshua. Ils sont tous décédés de façon différente mais violemment. En leur rendant hommage, Jesmyn Ward va bien plus loin. Elle montre à quel point les destins de ces jeunes hommes sont les révélateurs d’une vie difficile pour la communauté noire du sud des Etats-Unis : grande pauvreté, drogue, alcoolisme, racisme, inégalités sociales entre noirs et blancs, peu d’opportunités de s’en sortir au point qu’on n’essaie même plus. Hommage des proches, témoignage sur les conditions de vie de la communauté noire, Jesmyn Ward alterne sans cesse entre un chapitre sur un des proches disparus et un autre sur son enfance et la vie à DeLisle et Pass Christian.

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Le comportement que ses amis, sa famille – et elle-même – est à l’image de cette désespérance : on cherche à oublier la misère en brûlant la chandelle par les deux bouts. Il faut vivre vite et intensément parce qu’on sait que le malheur va frapper à nouveau. Mimi est la seule à avoir réussi à échapper à cette malédiction, mais les blessures demeurent et toujours ce besoin de revenir dans son sud natal se fait sentir. On n’échappe pas à ses racines et on n’a pas forcément envie de s’en soustraire.

Un beau témoignage qui montre bien qu’il y a encore beaucoup à faire pour l’égalité sociale et raciale aux Etats-Unis. L’élection de Trump ne risque pas d’arranger les choses… 

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Jesmyn Ward – Les moissons funèbres – Globe – 270p