Leiloona organise chaque semaine des ateliers d'écriture. Tous les mardi/mercredi, elle met en ligne sur son blog une photo qui doit permettre d'éveiller l'imagination et mettre ainsi en place un processus d'écriture. Les participants doivent ensuite fournir un texte le dimanche soir qui suit. Le lundi matin, Leiloona les publie ou met les liens des différentes participations. 

arbre-à-souhaits

©Anselme

Je me suis faite violence pour accepter cette soirée. J’ai toujours exécré la Saint-Sylvestre et son cortège de réjouissances programmées : les smokings, les robes à paillettes, le champagne, le foie gras, les embrassades à minuit sur fond de « bonne année » me donnent la nausée. Pourquoi tant d’efforts à se persuader que tout ira mieux l’année suivante ? Cette fois-ci, j’ai décroché le pompon. À peine arrivée dans le grand salon, décoré à outrance, je le vois et j’hésite entre le rire et l’exaspération. Un arbre à souhait trône, attendant que chacun formule sur un morceau de papier coloré son vœu pour la nouvelle année. J’avais déjà subi cette épreuve lors d’un mariage deux ans auparavant. Les mariés avaient convié tous les invités à formuler un vœu pour eux. Étaient-ils si peu sûrs d’eux pour exiger un mantra ? N’ayant jamais eu le goût pour le mystique mais toujours celui de la contradiction, j’avais flanqué sur l’arbre un papier où j’avais inscrit : « Mon cœur, lassé de tout, même de l’espérance, N’ira plus de ses vœux importuner le sort ». Visiblement Lamartine n’avait pas suscité un grand enthousiasme auprès des mariés. Et pourtant, ces vers étaient tellement justes. Ils faisaient écho en moi et en les livrant aux jeunes époux, je leur livrais un peu de moi.

Il y a bien longtemps que j’ai perdu mes illusions, le goût aux vœux, aux souhaits ou aux bonnes résolutions. Je n’ai jamais été malheureuse et j’ai toujours baigné dans l’amour. Pourtant, je n’ai jamais réussi à obtenir ce que je souhaitais. Pendant longtemps, j’ai accusé les autres, la malchance avant de me rendre compte que j’étais ma propre ennemie. Prisonnière de moi-même, de ce corps, de cette tête, je n’avais jamais réussi à trouver l’équilibre. Je n’avais pas su voir que les vœux importaient peu et que la richesse de la vie était justement dans ce qu’on n’attendait pas, dans ce qui vous tombe dessus comme ça, dans la gestion du meilleur comme du pire. Il m’a fallu du temps pour comprendre, m’accepter, rire de mes étourderies ou maladresses. Et pourtant, qu’il est difficile d’être moi, d’être un éléphant dans une boutique de porcelaine.

Il y a encore quelques jours, j’étais minée par des problèmes aussi bien personnels que professionnels. J’avais l’impression d’être à bout de force, au bout de moi-même, sans issue ou échappatoire. Et puis, aujourd’hui, en ce 31 décembre, tu apparais, bousculant ma vie, ma déprime et mes prévisions. Je ne m’attendais pas à toi, je ne m’attendais pas à ça. Je ne t’ai jamais espéré, je ne t’ai jamais souhaité et pourtant, à présent, tu animes ma vie. Tu me forces à réfléchir, à me remettre en question, à trouver de nouvelles perspectives. Je sais que je vais angoisser, que je vais avoir peur de nous, de te perdre, de me perdre surtout mais tu redonnes un nouvel élan. Tu es à moi, tu es en moi et tu apportes une nouvelle vision plus positive de moi, comme en mathématique où le négatif cumulé au négatif apporte un plus.

En cet instant, je choisis de sourire en regardant ce satané arbre. J’hésite sur le choix de la couleur : du blanc, du vert, du jaune… du bleu ou du rose peut-être… Je sais en tout cas ce que je vais inscrire dessus – et tant pis si mes hôtes n’apprécient pas Tolstoï : « Tous les hommes font la même erreur, de s’imaginer que bonheur veut dire que tous les vœux se réalisent ».

©Virginie Vertigo