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« – P’pa, pourquoi on meurt quand on meurt?

D’abord, il ne dit rien. Je sais qu’il a entendu la question, qu’il réfléchit, qu’il se demande d’où ça vient, encore une fois. C’est vrai, ce n’est pas la première fois que je l’interroge sur la mort. Il faut dire que ça me préoccupe beaucoup. S’il me demandait pourquoi, je ne saurais pas quoi lui répondre. Je ne sais pas d’où me viennent des questions comme celle-ci, qui surgissent aux moments les plus inattendus, parfois quand je suis en train de lire qu’un personnage est blessé et meurt, sans qu’on sache pourquoi. Enfin, dans les livres, je sais pourquoi. Parce que la personne qui a écrit le livre a choisi de faire ça comme ça. Moi, il y en a que je n’aurais pas laissé mourir. »

Mars 1963. Abraham Farkas, un médecin veuf, arrive avec Franz son fils de neuf ans à Tilliers, une petite ville du Loiret. Il a quitté l’Algérie suite à un accident où sa femme a perdu la vie et son fils la mémoire. Pour se reconstruire, il s’installe ici après avoir racheté le cabinet d’un médecin qui part à la retraite. La vie s’écoule paisiblement d’autant plus qu’ils sont soutenus moralement par Claire Délisse, une veuve qui travaille pour Abraham. Abraham et Claire tombent progressivement amoureux et cette dernière finit par s’installer avec sa fille Luciane dans la maison. Dans un second temps, Martin Winckler nous entraîne dans l’histoire, les secrets de la maison d’Abraham et Franz. On y découvre que celle-ci a été un lieu important pendant la Seconde Guerre mondiale…

Dans ce très gros roman, Martin Winckler nous offre un récit d’une grande poésie et sensibilité. On se prend vite d’affection pour le père et le fils qui ont une relation de confiance et d’amour formidables : chacun veille et écoute l’autre. Abraham est un personnage très humain et cela se ressent dans sa relation avec ses patients. On ne peut que penser à l’auteur à ce moment-là qui est lui-même praticien. Les thèmes de la mort, de la mémoire, de la politique et de la religion sont présents. Enfin, l’auteur rend hommage à la littérature avec ce petit Franz qui dévore les livres.

Certains lecteurs pourront être rebutés par la lenteur de l’action mais cette lenteur permet d’approfondir les personnages. De plus, le découpage en court chapitres et l’alternance des narrateurs permettent d’avaler ces pages facilement et plaisamment. Enfin, il est intéressant de se plonger à la fois dans la France des années 60 et celle de l’Occupation.

Un roman que je recommande.

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Martin Winckler – Abraham et fils – POL – 580p.