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« - De toute façon, tant qu’ils ne retrouvent pas le corps, je suis tranquille.

Maurice Agnelet a planté ses yeux dans ceux de son fils. Il a ajouté :

- Et moi, le corps, je sais où il est.

Guillaume avait 14 ans. Que fait-on avec une phrase pareille à 14 ans ? On la regarde descendre tout au fond de soi, dans la nuit. On se dit que peut-être on a mal entendu. Ou qu’on a rêvé. On se tait, surtout. On se sent sale d’avoir acquiescé. Parce qu’à cet instant-là, Guillaume n’a rien trouvé de mieux à faire que d’acquiescer. »

7 avril 2014. Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire du Monde, s’apprête à assister aux derniers instants du énième procès de Maurice Agnelet. Les trente années de procès sur la disparition et le meurtre d’Agnès Le Roux en octobre 1977 doivent se terminer. Retournement de situation : on annonce qu’une nouvelle déposition a été faite.

Le récit de Pascale Robert-Diard démarre au moment clé où Guillaume Agnelet, le fils qui a soutenu Maurice toute sa vie, décide finalement de le dénoncer. Nous remontons le temps pour comprendre comment Guillaume Agnelet en arrive à prendre cette décision et comment il a vécu tout ce temps en sachant son père coupable. Le récit permet aussi de brosser un portrait en creux de Maurice Agnelet : un pervers narcissique, un manipulateur tel qu’il avait réussi à maintenir son emprise sur les membres de sa famille, lui permettant ainsi de conserver leur soutien – par conviction ou par peur – jusqu’à cette déposition.

Pascale Robert-Diard livre un récit convaincant et original car on se place du point de vue du fils et non de l’accusé, de la police ou de la justice. Alors qu’on aurait pu avoir qu’une simple chronique judiciaire, l’auteure nous livre surtout des portraits psychologiques saisissants des différents membres de la famille Agnelet. Elle montre aussi la difficulté à faire éclater la vérité quand on a été conditionné dès sa plus tendre enfance. Enfin, il convient de noter que le récit se dévore comme un polar rempli de rebondissements – même si on connaît évidemment l'issue – rendant la lecture agréable.

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Pascale Robert-Diard – La déposition – L’iconoclaste – 240p.