Lauréat du Prix Orange du livre 2016

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 Coup de cœur 

2016-05-21 10 

« Si on voit dans l'élevage des hommes un moyen de produire de la nourriture, une quantité donnée de ces protéines dont notre corps a besoin, il est évident que les dépenses engagées sont beaucoup trop élevées pour le résultat obtenu. Il vaudrait beaucoup mieux, plutôt que de cultiver des champs pour nourrir tous ces hommes, ces bovins et ces porcs qui à leur tour nous alimentent, manger directement les céréales et les légumes que produisent nos grandes exploitations. J'ai compris en peu de temps, quand je me suis mis à regarder les chiffres, qu'en dépit de la précision des procédures et de la recherche inlassable de gains de productivité, qui d'abord peuvent en faire accroire, l'élevage était un domaine de la dépense somptuaire et pas de l'efficacité. C'est donc que les nôtres qui ont mis sur pied le système raisonnaient pas en utilitaristes. Ils ont goûté cette chair, sûrement, et ont fondu de plaisir. Ils ont senti que manger les hommes était la plus éclatante des manières d'asseoir notre domination.  »

Iris a eu un accident de voiture. Son état est grave et elle ne possède aucun papier. Son compagnon, Malo Claeys, tente de résoudre la situation et de la sauver. Ce qui pourrait être une banale histoire est en fait une histoire particulière : Iris est une humaine, femme de compagnie, sauvée d'un abattoir par Malo. Ce Malo appartient à une entité mystérieuse qui a soumis les hommes au point de les reléguer en trois catégories : les humains de compagnie, les humains travailleurs et les humains d'élevage. Nous sommes ainsi dans la situation de l'arroseur arrosé : ce que les humains ont fait subir aux animaux non-humains, ils le vivent à présent. Cependant, cette situation met très mal à l'aise Malo qui tente de plaider la cause humaine au parlement et espère ainsi une loi évitant au maximum la souffrance.

Ce roman d'anticipation a eu un énorme écho en moi. Il fait partie de ces livres qui me démontrent à quel point j'ai fait le bon choix d'avoir un mode de vie permettant d'éviter au maximum la souffrance animale (je suis végétarienne depuis peu). C'est un livre fort, puissant, dérangeant et éminemment salutaire et je convie tout le monde à le lire. Il faut avouer cependant qu'il n'est pas simple à aborder et il est un peu déroutant. C'est un vrai plaidoyer contre la souffrance animale et une volonté de faire prendre conscience à tous que l'acte de manger n'est pas anodin et qu'il faut élargir sa sphère de considération morale (pour le coup, je fais un plagiat volontaire et assumé d'Aymeric Caron).

Je conseille +++

 

livre-generique-2016

Vincent Message – Défaite des maîtres et possesseurs – Seuil– 304p.