Prix Orange du livre 2016 - Finaliste

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2016-05-16 11

 

« Vassyl m'écoutait en souriant. Je n'ai pas parlé de ce que j'avais découvert les jours précédents. Me suis tenue, moi aussi, à la version officielle. Et ma voix était d'autant plus assurée qu'il fallait étouffer la rumeur intérieure, celle qui disait que nous tenions nos vies de l'atome et qu'il était peut-être normal que l'atome nous les demande en retour, un jour ou l'autre. Même si personne ne nous avait prévenus. Même si nous n'avions pas lu le dernier alinéa, au dernier avenant du contrat. L'aurions-nous lu, nous aurions signé de toute façon, comme Faust le pacte proposé par le diable, parce que ce qui est pris n'est plus à prendre, et qu'à Prypiat la vie était tentante. »

Avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl explose, libérant un nuage radioactif qui traverse toute l'Europe.

Trois femmes racontent ce qu'elles ont vécu durant cette période. On suit tout d'abord Lucie qui est lycéenne dans le sud de la France. Elle se demande si le nuage va passer la frontière et se décide à vouloir vivre sa vie pleinement avant une mort éventuelle. On suit également Ludmila qui vit à Pripiat, la ville de la centrale nucléaire. Elle veut croire que tout va pour le mieux mais est vite confrontée au sort tragique de son mari qui est l'un des liquidateurs. Enfin, nous suivons Ioulia qui vit à Kiev. Elle ne mène pas la vie qu'elle rêve et elle croit pouvoir lui donner du piment avec un jeune amant français. Cette catastrophe va sceller leur destin rapidement et irrémédiablement.

Au moment où la catastrophe « fête » ses trente ans, il est intéressant d'avoir un roman qui en parle car on a tendance à oublier à quel point cette catastrophe pose à la fois la question de l'enjeu nucléaire et de ses risques mais également la question de l'enjeu politique avec tous ces non-dits, mensonges autour de l'événement. Si l'URSS a volontairement caché les dangers car il en allait de son image déjà fortement écornée à cette époque, que dire de la France et de son nuage qui n'aurait pas traversé le Rhin ? Ces comportements inadmissibles ont causé de lourdes pertes avec en première ligne les fameux liquidateurs intervenus à la centrale pendant la catastrophe sans aucune protection. Je me demande comment un tel événement aurait été vécu aujourd'hui à l'heure de la communication à outrance.

J'ai pris plaisir à suivre ces destins de femmes même si j'avoue avoir été moins touchée par la jeune Lucie en France car elle n'était pas au cœur des événements.

Je vous conseille la lecture sans souci.

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Lucile Bordes – 86, année blanche – Liana Levi – 140p.